22 août 2011

IMPERIAL HUBRIS [2/2] : L’OPTION FASCISTE




Les faits évoqués dans le papier précédent ont donné une idée de la détermination de l’impérialisme prédateur. Les Etats-Unis, qui s’enivrent de leur puissance militaire, sont les champions imbattables des troubles insidieux et du chaos permanent. Ils excellent, comme le constate Nazemroaya, à « dresser les gens les uns contre les autres et à détruire des nations. Ils ont divisé les Arabes qui devraient n’être qu’une seule nation. Ils ont contribué à diviser le peuple de l’Inde. Ils ont divisé les Slaves du sud dans les Balkans. Ils ont divisé les peuples de l’Asie du Sud-est. Ils ont travaillé à diviser l’île de Taiwan de la Chine continentale. Ils ont œuvré pour que l’Ukraine se batte contre la Russie. Avec Israël et l’Arabie Saoudite, ils ont divisé politiquement les Palestiniens et les Libanais. Maintenant les Etats-Unis et l’UE ont l’intention de diviser davantage les Arabes, et de créer aussi des divisions dans les pays d’Afrique et d’Amérique du Sud. Et ils continuent à diviser les Musulmans en les identifiant comme chiites ou sunnites. Ils continuent aussi à travailler d’arrache-pied pour diviser la Russie, l’Iran et la Chine ». (1) L’Europe, bien entendu, se contente de s’aligner jour après jour sur les décisions de Washington. Regardez Sarkozy se démener lui aussi sans retenue en prenant Bush pour modèle…
Et puis, il y a la face économique de la médaille : le pillage des richesses des pays dominés, grâce entre autres aux subterfuges du FMI et de la Banque Mondiale…

Le choix de la répression
Tous les pays qui ont engagé des mutations anti-Empire ont essuyé une agression militaire étasunienne (Viêt-Nam des années 1960, Cuba, Venezuela, Bolivie…), ont subi et subissent diverses opérations nuisibles en sous-main (financement de mouvements d’opposition, espionnage militaire, armement de groupes paramilitaires, actions de déstabilisation)… En Colombie par exemple, la population se sent littéralement humiliée par le trop-plein d’abjection et de servilité des hommes au pouvoir. Dans une telle situation, l’humour populaire supplée à la colère : « les fonctionnaires colombiens passent par les magasins de sport pour acheter des genouillères avant d’aller à l’ambassade des Etats-Unis ». Jorge Botero, qui évoque cette blague amère, constate : « Nous sommes une espèce de colonie, une espèce de porte-avion pour les Etats-Unis, une espèce d’Israël en Amérique latine ». (2)
On s’aperçoit vite à quel point certains esprits ont eu tort de mettre le terme impérialisme au rancart, sous prétexte que « les temps ont changé ». Seules les allégations changent : « Naguère, c’était la "mission civilisatrice" […]. Aujourd’hui, c’est la cause "humanitaire" et son corollaire le "droit d’ingérence" ». (3) Les platitudes d’Obama sur « la démocratie » (toujours débitées d’un air sérieux) sont destinées à berner les masses crédules, en premier lieu aux Etats-Unis et en Europe.


Dans le monde arabe, l’Empire a tout fait pour empêcher l'instauration d'une véritable démocratie (et du progrès social). Les laquais qu’il plaçait au pouvoir ont été, comme il se doit, les ennemis de la démocratie et des droits de l'Homme. Le fait est logique, comme l’explique Chomsky : « dans toute la région, une majorité écrasante de la population considère que les Etats-Unis sont la principale menace contre leurs intérêts. De fait, l'opposition à la politique U.S. est si forte que l'immense majorité d'entre eux pensent que la région serait plus en sécurité si l'Iran possédait l'arme nucléaire ». (4) A ce titre, Michel Collon écrit : « Parce que si les peuples peuvent décider eux-mêmes comment utiliser leurs richesses et leur travail, alors les privilèges des corrompus et des profiteurs seront en grand danger ! Pour cacher leur refus de démocratie, les Etats-Unis et leurs alliés agitent dans les médias le péril islamiste ». (5)
Au Moyen-Orient – vu son poids stratégique considérable – le choix politique des Etats-Unis est à coup sûr la répression. Et pour servir cette politique, un Etat-policier devient l’allié privilégié. C’est ainsi que des régimes tyranniques et infâmes sont échafaudés et mis en place. « C’est un outil essentiel de la politique US. Après la Deuxième Guerre mondiale, […] le diplomate George F. Kennan a écrit un article qui allait avoir un impact énorme sur la politique étrangère de son pays. Kennan expliquait que les Etats-Unis représentaient 6% de la population mondiale mais consommaient 50% des richesses de la planète. L’objectif était de creuser d’avantage ce fossé ! Selon Kennan, les droits de l’homme et la démocratie n’étaient pas une préoccupation première pour les Etats-Unis. Mais si un gouvernement révolutionnaire émergeait quelque part et menaçait les intérêts US, Washington devait intervenir en utilisant les droits de l’homme et la démocratie comme prétexte ». (6)

Le viol des droits humains
Ici nous rejoignons la position adoptée par le Conseil d’État chinois à propos de la situation désastreuse aux Etats-Unis (sur la base du rapport annuel US sur les violations des droits humains) : « Ce sont les Etats-Unis qui violent le plus les droits humains, aussi bien dans le pays même que dans le reste du monde, et c’est l’une des nations qui garantissent le moins la vie, les biens et la sécurité personnelle des habitants ». (7)
Voyons ce qu’il en est de la démocratie, de la liberté d’expression et des droits de l’homme dans ce pays ? Trois exemples parmi les plus récents indiquent qu’ils sont foulés aux pieds et montrent à quel point le système juridique US est inique et cynique.
Lynne Stewart, enfermée dans une prison effrayante, vit dans sa chair la brutalité d’un pouvoir qui ne respecte plus ses propres lois. Elle est privée de la liberté de parole et du droit d’être jugée publiquement par un jury impartial. Pour quelles raisons ? Elle a été l'avocate admirée des causes les plus radicales (mouvements noirs, groupuscules révolutionnaires). Un jour, elle a pris la défense du chef islamiste Omar Abdel Rahman. Elle est alors accusée de complicité de terrorisme (conformément à la règle bien connue qui dit que l’avocat d’un malfaiteur est un malfaiteur).
Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, a mis les autorités US en colère, en rendant publics des milliers de notes diplomatiques ainsi que des vidéos (notamment sur les guerres en Afghanistan et en Irak) accusant directement les Etats-Unis. Il est poursuivi pour « trahison » et des officiels (en plus d’un éditorialiste connu du Washington Times) appellent même à son élimination physique. Rien que ça !
Quant au jeune Bradley Manning, soupçonné d’avoir transmis à WikiLeaks des milliers de documents secrets, il est maintenu lui aussi dans un goulag, sans ses vêtements et dans un isolement de 23 heures par jour. Aujourd’hui, après plus d’un an, la lente dégradation de sa santé mentale est alarmante (l’isolement solitaire est l’une des pires tortures). (8)
Dans le pays du « rêve américain », l’option fasciste a pris corps ces derniers temps, avec notamment la naissance et l’expansion du Tea Party (parallèlement à l’escalade féroce de la droite en Europe). Et voilà qu’Obama passe pour être « trop intellectuel », pas assez yankee. On voudrait plus de drones, plus de bombes à fragmentation, plus d’uranium appauvri, davantage d’agressivité et d’assassinats commis au hasard
Tant de conflits, de pilonnages, de saccages et d’injustices… devait-on en arriver là ? A l’heure du capitalisme néolibéral mondialisé, d’un capitalisme prédateur et décadent, d’un système fondé sur les valeurs maffieuses et la rapine… oui, c’est une conséquence logique.
Malgré tout, rien n’est immuable. Ici et là, l’Empire perd du terrain. Il n’est que d’évoquer la montée en puissance de la Chine (notamment sa percée économique extraordinaire sur le continent africain), la volonté d’indépendance des pays comme le Venezuela, le Brésil, l’Inde et la Turquie. En Amérique Latine, les mutations anti-impérialistes ont désormais ouvert la voie en s’inspirant de la résistance héroïque de Cuba. Washington se retrouve sans représentation diplomatique dans trois pays : la Bolivie, le Venezuela et l’Equateur. Au Moyen-Orient, les résistances nationales afghanes et irakiennes mettent visiblement en échec les troupes d’occupation de l’Otan. Les révoltes arabes, en dépit de la contre-attaque insidieuse, ont fini par affaiblir l’impérialisme. Ce revirement est irréversible par essence ; revenir à la situation antérieure d’asservissement et de répression ne parait pas plausible. On apprend que le peuple égyptien, longtemps anesthésié et humilié sous le régime de Moubarak, manifeste ouvertement son hostilité à l’égard des intrigants étasuniens (très actifs depuis février). Quant à l’Irak, il n’a permis en fin de compte qu’à une seule compagnie US de tirer profit du pétrole – face à celles de la Malaisie et de la Chine (selon Mohamed Hassan).

Les faits donnent à penser que le déclin des Etats-Unis est amorcé et le rapport de la CIA intitulé « Le monde en 2025 » convient qu’à cette date ils ne seront plus les maîtres du monde. Cela n’est donc pas près d’arriver : aujourd’hui, ils se cramponnent à leur « imperial hubris », leur arrogance impérialiste. La première puissance militaire mondiale peut encore frapper. Ne dit-on pas qu’un ours blessé peut faire de gros dégâts ?

T. Bouhmouch
Août 2011
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(1) Mahdi Darius Nazemroaya, http://www.silviacattori.net/article1604.html   Mai 2011
(2) Jorge E. Botero (entretien), http://www.michelcollon.info/Les-revelations-de-Wikileaks.html   Mars 2011.
(4) Noam Chomsky, http://www.michelcollon.info/Les-USA-et-leurs-allies-contre-la.html   Mai 2011. Je souligne.
(5) Michel Collon, op cit.
(6) Mohamed Hassan (entretien), http://www.michelcollon.info/Entretien-avec-Mohamed-Hassan-Ou.html  Février 2011. Je souligne.




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