21 août 2011

IMPERIAL HUBRIS [1/2] : UNE DERIVE MORALE SANS NOM



« L’Etat étasunien est un État manqué, qui agit sans tenir compte du droit international, qui ne respecte absolument rien et qui, par-dessus le marché, se sent parfaitement en droit de le faire... » Hugo Chavez



Les officiels étasuniens se pavanent à la face du monde, remplis d’autosatisfaction, la main sur la crosse du revolver. Ils s’introduisent en tous lieux, se mêlent de tout, flagornant les uns, menaçant les autres. Ils ne sont pas très appréciés en fait… et ils le savent. Allez voir le consulat américain à Casablanca : le summum de la paranoïa et du caprice est désormais atteint. Des barricades grotesques en ciment armé enjambent les trottoirs, débordent allégrement sur la chaussée du boulevard, ne laissant à la circulation des voitures qu’un corridor exigu. Les automobilistes de passage se disaient au début qu’une telle insolence n’allait pas durer. Mais elle dure depuis des années. On ne peut rien refuser à l’Oncle Sam. En fait, n’est-ce pas lui qui décide ?... Au diable donc les jérémiades des automobilistes et des passants.  

L’arrogance impérialiste
Les Etasuniens tiennent pour établi qu’ils personnifient le Bien. Dans leurs manuels scolaires, ils se font un devoir de le souligner : « Les Etats-Unis ont été une sorte d’Armée du Salut pour le reste du monde : tout au long de l’histoire, ce pays n’a fait qu’aider les pays pauvres, ignorants et malades... Les Etats-Unis ont toujours agi avec désintéressement, toujours au nom de grands principes ; ils ont toujours donné et jamais pris ». (1) La secrétaire d’Etat Madeleine Allbright, qui a été en 1999 à l’origine du bombardement criminel (pendant 78 jours) de l’ex-Yougoslavie, n’a pas hésité à affirmer : « Les Etats-Unis sont bons. Nous essayons de faire de notre mieux partout »… (1)
A cette idée de la bonté sui generis, Barak Obama est bien sûr tenu de se rallier. Tout récemment, il a concocté à qui veut l’écouter un récit amusant : « Un de nos avions a eu des ratés en survolant la Libye. Or, quand un de nos aviateurs a sauté en parachute, dans un pays dont le dirigeant a si souvent satanisé les Etats-Unis, dans une région qui a eu des relations si difficiles avec notre pays, cet Etasunien n’a pas rencontré d’ennemis, au contraire, il a été accueilli par les gens à bras ouverts. Un jeune Libyen venu le secourir lui a dit : "Nous sommes vos amis. Nous sommes si reconnaissants envers ces hommes qui protègent notre ciel". […] Partout où les gens rêvent d’être libres, ils trouveront un ami dans les Etats-Unis ». Fidel Castro qui rapporte ces propos en dit ceci : « Une histoire à dormir debout ! Obama est un excellent enfileur de grands mots et de belles phrases. Il pourrait gagner sa vie à écrire des contes pour enfants ». (2) Les dirigeants à Washington croient-ils parfois ce qu’ils racontent ? Disons plutôt qu’ils ont une croyance illimitée en la jobardise de leurs concitoyens.
Ces balivernes sont assez révélatrices d’un état d’esprit. En mars 1953, le Président Eisenhower s’interrogeait innocemment : « Pourquoi ne réussissons-nous pas à nous faire aimer dans ces bleds perdus au lieu de nous faire haïr ? ». (3) Soixante ans après, cette question énigmatique est plus que jamais d’actualité… Au moins, pourrait-on dire, un dictateur maintenu en selle par les Etats-Unis et dès lors qu’il se soumet corps et âme à leurs intérêts, sera traité comme un ami… Saddam, Ben Ali et Moubarak le pensaient sincèrement. Une méprise fatale : l’Empire n’a pas d’amis, il n’a que des vassaux ou des laquais. Hilary Clinton, à la veille de la fuite de Ben Ali, s’est crue obligée de prévenir (je cite de mémoire) : « aucun dirigeant [arabe] ne doit se sentir couvert par le gouvernement américain ». Autrement dit : ne comptez pas sur nous – maintenant que le vent a tourné – pour nous porter garant et assumer la responsabilité de vos agissements.
S’il le faut, les satrapes mis en place sont renvoyés sans état d’âme. Lorsqu’ils sont politiquement discrédités et/ou ne servent pas assez les intérêts de leurs protecteurs, ils sont remplacés par de nouvelles têtes, souvent enrôlées dans les rangs même de l'opposition. Cet ordonnancement est concret et manifeste, même s’il n’est pas vérifié en tout lieux, même s’il est appelé à s’infléchir à la suite des révoltes arabes. « La cooptation des leaders d'opposition majeure et des organisations de société civile dans l'anticipation de l'effondrement d'un gouvernement marionnette autoritaire fait partie intégrante du design de Washington […] Le processus est effectué et financé par des fondations basées aux Etats-Unis, incluant la NED (National Endowment for Democracy) et Freedom House (FH) (connues pour avoir des liens avec la CIA). La NED prît en charge le financement des renversements de régimes étrangers, mais de manière ouverte et sous le vocable de "promotion de la démocratie" »… (4)

La stratégie du chaos
Pendant longtemps, les Etats-Unis se sont regardés comme le centre de la terre. Le peuple étasunien, surtout après l’implosion du bloc soviétique, se voulait « peuple élu », un peuple exceptionnel (les manuels scolaires y sont pour quelque chose). C’est le point sur lequel l’attention de tout un chacun doit se focaliser, autour duquel les nations doivent graviter. L’expression « communauté internationale », utilisée à tout bout de champ, n’est qu’une imposture. Elle désigne de facto la Maison-Blanche et tous les gouvernants (principalement en Europe) qui œuvrent docilement dans son sillage.
A ce propos, Noam Chomsky écrit sur un ton narquois : « Prenez l’idée selon laquelle la communauté internationale demande à l’Iran de cesser d’enrichir de l’uranium. Vous lisez ça partout. Qu’est-ce que c’est que cette communauté internationale au juste ? Ce n’est pas les Pays non alignés, qui représentent la majorité du monde. Ils soutiennent complètement le droit de l’Iran à enrichir de l’uranium. Ils ne peuvent donc pas faire partie de la communauté internationale. Il y a quelques années y compris les citoyens étasuniens étaient d’accord sur ce point. Donc de la même façon la majorité des Étasuniens n’appartiennent pas à la communauté internationale parce que la communauté internationale c’est Washington et ses comparses ». (5)
Cette vision, on ne peut plus insolite, a un corollaire : les Etatsuniens s’attribuent de façon catégorique le rôle envahissant et belliqueux du gendarme. En 1904, Theodore Roosevelt parlait déjà d’un « pouvoir de police internationale » que la « société civilisée » devait exercer sur les peuples coloniaux et qui, en Amérique latine, revenait aux Etats-Unis. Après tout, pourquoi pas ? L’Empire en vient à se sentir prééminent et invincible ; il peut « à sa guise et sous les prétextes les plus absurdes, violer la Charte de l’ONU, appliquer de cruels embargos, bombarder ou occuper des pays, assassiner des chefs d’État, provoquer des guerres civiles, financer des terroristes, organiser des coups d’État, armer Israël pour ses agressions… ». (6)
Aujourd’hui, à n’en pas douter, les Etats-Unis sont la locomotive de la nouvelle course aux armements. Le fameux « attentat du 11 septembre » – censé captiver l’ensemble de la planète – a singulièrement bouleversé l’ordre géopolitique mondial et a légitimé toutes les exactions. Le terrorisme étasunien s’est déchainé à l’extrême, plongeant le Moyen-Orient et une partie de  l’Afrique dans le chaos. Je me permets de me citer : « Du temps de Bush, grâce à la formule magique du "11 septembre", les Etats-Unis ont assumé plus que jamais le rôle de Satan sur la scène internationale. Lui et son entourage avaient l'aplomb de parler de combat du "Bien contre le Mal". On tenait un discours réducteur : le Bien devait triompher mordicus du Mal. Si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous ». (7)
Washington a réussi à convaincre, à intimider ou corrompre de nombreux pays afin qu’ils acquiescent à des accords singuliers, selon lesquels aucun contrevenant étasunien, en aucune circonstance, ne sera déféré à la Cour Pénale Internationale. A tout seigneur tout honneur… Chacun comprend qu’un tel privilège accorde la permission implicite pour les meurtres et les sévices les plus invraisemblables. Ainsi en est-il de l’Irak. Revoyons une scène connue : dans une maison, un couple et leur fille de 17 ans font face à des bidasses yankees prêts à tout. L’un d’eux, particulièrement surexcité, arrache l’adolescente des bras de son père et celui-ci, comme il s’y oppose, reçoit illico une rafale dans le ventre. La proie est ensuite trainée dans un coin… Vous vouliez la « démocratie », non ?
Viols, tortures, meurtres, saccages, humiliations… il n’y a pas de garde-fou. Comme le note Ray McGovern, de Counterpunch, « on veut transformer l’armée des Etats-Unis en une bande d’assassins qui tourne de par le monde, véritable "Murder Inc." mondiale équipée d’armes létales de haute technologie et d’une liste de personnes à capturer ou à tuer. Nous sommes devenus une nation d’assassins ». (8)


Et l’on ne peut s’empêcher de penser avec amertume à ces interventions criminelles répétitives en Afghanistan et au Pakistan (à la suite de l’Irak…), au principe infâme des « deux-poids-deux-mesures » qui détermine toutes les prises de position, au soutien constant et inconditionnel à l’entité sioniste, aux droits bafoués des Palestiniens, aux dictatures dévoyées implantées de force et protégées. Que dire des prisons abominables de Guantanamo, d’Abu Ghraib et de Bagram, de la multitude de camps de concentration et de sites noirs disséminés sur la planète ? Quant aux morts et dévastations, on ne les compte plus. Rien qu’à Fallouja, une ville irakienne de 300.000 habitants, près de 40.000 personnes ont été tuées par les bombardements US : 80% des bâtiments et infrastructures ont été démolis ; sans parler des cancers et des malformations à la naissance dont les survivants ont hérité… (9)

Dans le pays autoproclamé « champion de la démocratie dans le monde », l’option fasciste va progressivement prendre corps et se renforcer… C’est le point que le prochain papier [2/2] se propose d’aborder.


Thami BOUHMOUCH
Août 2011
Article publié in :
- http://les-etats-d-anne.over-blog.com/m/98.html 

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(3) Cf. William Blum, op. cit.

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