5 juillet 2011

ISRAËL, LA BRIDE SUR LE COU [3/3]

Les collusions suspectes


«S'il nous faut accepter tout ce qui est comme il est, dans toute sa dimension tragique de non-sens radical, comment éviter l'accusation de complicité, voire de collaboration avec le mal.» Luc Ferry

Armés jusqu'aux oreilles, les soldats de «Tsahal» ont la bride sur le cou. Ils ont le courage de gifler des femmes âgées, de bastonner des enfants ou les utiliser à l’occasion comme des boucliers humains (lors de l’attaque de Gaza), de tuer des journalistes à bout portant (flottille humanitaire, entre autres), d’assassiner de sang froid des militants pacifistes (Rachel Corrie écrasée par un bulldozer blindé en 2003 à Gaza). Ils ne s’en veulent pas de regarder une gamine pleurer à coté des cadavres de ses parents (à Jenine jadis, comme à Gaza). L’armée d’occupation a utilisé des bombes au phosphore blanc dans ses attaques à Gaza. Le Protocole interdisant l'utilisation d’une telle arme la considérait comme un crime de guerre. Voila qu’on apprend qu’Israël, ayant «refusé» de signer ce protocole, ne peut être formellement accusé. Les choses sont simples en effet, pourquoi les compliquer ? Lorsqu'on a la caution des Américains, on ne s'encombre pas de scrupules. 


Un parti pris avilissant

Les actes meurtriers d’un Milosevic en Bosnie et au Kosovo sont-ils plus ignobles que ceux que Sharon, Moufaz et Ben Elliazer ont perpétré hier à Jenine et Ramallah, ceux de Barak, Olmert et Netanyahu aujourd’hui à Gaza ? Sarkozy, sans hésitation, a dit un jour du Président Ahmadinejad : «il bafoue les idéaux et les valeurs inscrits dans la déclaration universelle des droits de l’homme». Mais il faut beaucoup de cran pour importuner ces scélérats notoirement connus. Le Tribunal Pénal International s’acharne volontiers sur Omar Al Bachir, mais ne lui demandez pas de s’en prendre aux commanditaires des crimes sionistes. Une juridiction qui tend – au grand jour – à fustiger les uns et épargner les autres est un véritable affront.

Du temps de Bush, grâce à la formule magique du «11 septembre», les Etats-Unis ont assumé plus que jamais le rôle de Satan sur la scène internationale. Lui et son entourage avaient l'aplomb de parler de combat du «Bien contre le Mal». On tenait un discours réducteur : le Bien devait triompher mordicus du Mal. Si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous. Pourtant, c'est avec l'arsenal fourni par les Américains et leur soutien sans retenue que les tueries sont commises périodiquement dans les villes palestiniennes. 

Que dire des dévastations perpétrées par l’armée américaine en Irak, du million de tués depuis 2003 ? On peine à comprendre la nécessité de bombarder des monuments millénaires, de saccager des musées, d’abattre à bout portant un homme et sa femme parce qu’ils s’opposent au viol (collectif) de leur fille… Que faut-il penser des bombardements récurrents de civils en Afghanistan et au Pakistan ?


Ce sont toujours les mêmes qui pâtissent du droit de veto à l'ONU, du précepte infâme des deux-poids-deux-mesures. L’opinion mondiale et les médias –maintenus sous anesthésie – ont fini par s'y faire. La volonté de l'Iran d'accéder à la technologie nucléaire met en transe les grands de ce monde. Quant à l’arsenal de l’Etat sioniste, motus et bouche cousue ! A la demande des Etats-Unis, Israël n’a jamais reconnu officiellement être une puissance nucléaire. C’en est une évidemment depuis 1967. Sur un ton narquois, on nous explique que l’Etat juif n'a pas signé le traité de non-prolifération nucléaire (contrairement à l'Iran) et donc n'est pas «légalement» soumis aux contrôles de l'AIEA. Si vous n’avez pas signé, vous êtes absout : l’argument n’est-il pas ingénieux ? 
Aujourd’hui, on s’apprête à serrer le cou de l’Iran : la poigne est américaine mais c’est Israël qui manie l’aiguillon... On voudrait détruire ce pays, héritier de grandes civilisations, pour «découvrir» après coup qu’il ne fabriquait pas d’armes nucléaires. Du déjà vu, non ?
Les Etats-Unis, nul ne peut en douter, s’investissent volontiers dans des actions humanitaires massives dans le monde (le séisme à Haïti a mobilisé l'aide d'urgence du gouvernement et suscité la générosité du public)… Une vérité surgit néanmoins : en deçà des frontières, les Américains sont assurément des démocrates et respectent les droits de l’homme ; au-delà, s’il le faut, ils se comportent avec une désinvolture et une brutalité impitoyables.
Ils n'hésitent pas à se ravaler en s’acoquinant avec des chefs sionistes aux mains maculés de sang. Hier, ils multipliaient les éloges en direction de Sharon et le qualifiait d’ «homme de paix», en dépit de ses forfaits notoires. Aujourd'hui, ils s’inclinent devant Netanyahu et Barak. Les dirigeants arabes «alliés», quant à eux, sont amplement responsables du rapport de force qui prévaut au Moyen-Orient. A force de ployer sous les pressions et chantages, ils sont désormais déconsidérés...
L'aide militaire américaine à l’Etat colonial est considérée, tenez-vous bien, comme «un investissement à long terme pour la paix». Cela permet de déverser des bombes sophistiquées sur les villes palestiniennes, en particulier celles à guidage laser et par satellite. Mais gare à la Syrie si elle se met dans la tête d’armer le Hezbollah. «C’est pas du jeu» ! 

«Nous, les juifs, contrôlons l’Amérique»
Les colonies juives utilisent par habitant 20 fois plus d'eau que les localités palestiniennes voisines (rapport d'Amnesty International, juin 2010). Des Palestiniens malades, par centaines, meurent à petit feu parce qu’on leur refuse le droit de partir se soigner à l’étranger. Le statut de la bande de Gaza est unique : ce n’est ni un pays indépendant, ni un territoire occupé (stricto sensu). C’est un vaste camp de détention à ciel ouvert, livré à la générosité internationale. Le geôlier n’assume aucune responsabilité vis-à-vis des prisonniers, mais s’adjuge le droit de les bombarder régulièrement. Aucune aide humanitaire ne doit y parvenir et ses initiateurs sont assassinés au grand jour. Si au moins les pêcheurs pouvaient aller en mer sans essuyer les tirs des soldats israéliens...
Dans les pays arabes et musulmans, le ressentiment est à la mesure des injustices. Du coup, les Etats-Unis se décident à lancer deux stations de propagande en langue arabe : la radio Sawa et la chaîne de télévision (satellitaire) Al hurra. Obama a même été au Caire pour clamer «Assalam Alikoum», deux mots qui avaient soulevé une grande ferveur... Quelque chose a-t-elle changé depuis lors ? Obama a-t-il reconnu les horreurs commises en Irak ? A-t-il essayé d’arrêter la colonisation de la Palestine ? A-t-il levé le blocus inhumain sur Gaza ?... A cet égard, la réplique d’Ariel Sharon à Shimon Péres est assez édifiante : «Chaque fois que nous faisons quelque chose, vous me dites que l’Amérique fera ceci ou fera cela … Je vais vous dire quelque chose de très clair : ne vous préoccupez pas de la pression de l’Amérique sur Israël. Nous, les juifs, contrôlons l’Amérique, et les Américains le savent» (Radio Kol Yisrael, 03/10/01).
Les citoyens américains, connus pour leur mauvaise perception des événements hors frontières, supportent une charge morale très lourde. Ils sont indirectement impliqués, du fait qu’ils vont aux urnes et qu’ils peuvent toujours exprimer leur désaccord (les armes sont fournis aux frais du contribuable). Il est vrai que les choses changent : selon un sondage commandité par la BBC entre décembre 2009 et février 2010, 40 % «seulement» de l’opinion américaine est favorable à la politique israélienne, contre 47 % l’année précédente...
Les Etats européens sont eux aussi complices des menées d’Israël et confortent son sentiment d’impunité. Sur les chaînes de télévision, par exemple, les forfaits sionistes sont soigneusement déguisés, suivis aussitôt et sans la moindre sensibilité morale d’une «page de sport». L’accord de libre échange UE-Israël, présuppose le respect des droits de l’homme par les parties contractantes. Dans ce cas particulier, ne s’agit-il pas d’un vœu pieux ?
Le sang et les larmes coulent depuis trop longtemps. Les Palestiniens ne possèdent ni bombardiers, ni missiles, ni armes bactériologiques. Ils sont agressés au quotidien, ne comptent plus les morts et les estropiés. A la fois courageux et vulnérables, ils affrontent (symboliquement) des blindés de 60 tonnes avec des pierres… Israël a profité sans vergogne du silence et de la complicité des grandes nations. Celles-ci, à n’en pas douter, devraient rendre des comptes pour non-assistance à peuple en danger. Le monde aurait espéré voir ces nations prendre position en faveur des victimes, en accord avec les règles de la morale ou par honnêteté intellectuelle... Il a fallu qu’elles soutiennent le plus fort, accablent le plus faible. C’est ainsi que le rapport Goldstone est discrédité, que l’Etat colonial est exempté de ses responsabilités devant le droit international, que les condamnations ne sont jamais suivies de sanctions.
Des Etats-Unis, les dollars affluent et vont directement aux colonies de Cisjordanie et de Jérusalem. La France, en avril dernier, a tenu à «honorer la mémoire» de Ben Gourion, en lui dédiant une esplanade dans sa capitale. Rappelons qu’entre 1947 et 1948, sous les ordres de ce criminel de guerre (venu de Pologne), 532 villages arabes ont été détruits, près de 15.000 Palestiniens tués, 84 % de la population contrainte à l’exil. On est beaucoup moins horrifié par les tueries commises par l’Etat juif que par la bénédiction accordée par les dirigeants occidentaux. 

L’attaque irresponsable du bateau turc dans les eaux internationales a provoqué, contre toute attente, une prise de conscience à l’échelle mondiale. Les citoyens du monde épris de justice et moralement libres sont appelés à prendre les devants, à l’instar de ceux qui ont triomphé jadis de l’apartheid. Vu le rapport de force, la résistance héroïque des Palestiniens ne peut suffire. Il s’agit de retrouver sa dignité, de mettre le holà au terrorisme d’Etat qui a trop duré. Des artistes déclineront les invitations ou annuleront leurs représentations en Israël, des institutions financières arrêteront d’investir dans son industrie, de plus en plus de produits provenant des colonies seront boycottés… A l’heure actuelle, 150 artistes irlandais lancent une campagne de boycott de l’Etat juif pour protester contre ses agissements meurtriers en Palestine. Le crime se retournera contre ceux qui l’ont commis.

Les juifs en terre d’Islam
Un Etat binational mêlant les deux peuples ? Au point où on en est, c’est peut-être une solution… Encore faut-il reconnaître les crimes perpétré depuis 60 ans, restituer les terres volées, indemniser les victimes, permettre le retour des familles exilées, instaurer la justice. Nul ne dira que c’est facile, mais c’est la condition sine qua non.

Ici, deux déclarations caractéristiques (et sans masque) méritent mention : «Nous réduirons la population arabe à une communauté de coupeurs de bois et de serveurs» (Uri Lubrani, cité par Sabri Jiryias in «The Arab in Israël», 1960 – www.aredam.net). «Nous devons tuer tous les palestiniens à moins qu’ils ne soient résignés à vivre en tant qu’esclaves » (Chairman Heilbrun, octobre 1987 – www.anti-imperialisme.com) Aujourd'hui, à la lumière de ces discours haineux, nous voyons ce que les juifs font aux Palestiniens et l’histoire n'a de cesse de se rappeler à nous. Comment les juifs vivaient-ils jadis en terre d’Islam ? Voici une bribe d’histoire. 

En Espagne et Portugal musulmans (Al Andalus du VIII è au XV è siècles), la minorité juive – auparavant combattue et persécutée – avait droit à la protection et la sécurité, occupait dans la société une place reconnue et stable. Alors que le roi wisigoth (de 680 à 687) se proposait d’extirper «la peste judaïque», les Musulmans assuraient aux juifs des droits effectifs, une liberté de culte et de pensée jusque-là inconnue.
On retrouve le même climat de tolérance et d’humanité dans l’Empire ottoman (XIVè au XXè siècles) : les juifs y trouvaient une terre d’accueil favorable à leur épanouissement économique, culturel et religieux. On raconte que des négociateurs européens avaient fait pression sur le pouvoir ottoman pour que les juifs soient écartés du commerce international. Mais la requête fut refusée… Sur l’île de Buyukada, au large d’Istanbul, le touriste aujourd'hui peut voir les magnifiques résidences d’été occupées jadis par la bourgeoisie juive. C’est assez significatif de l’atmosphère de bienveillance et de concorde exemplaires qui régnait à l’époque…
On s’aperçoit vite que le sionisme est une calamité pour les juifs eux-mêmes (voir : www.nkusa.org).

Thami BOUHMOUCH
Août 2010. 

Sites où l'article a été publié : cf. partie 1/3.
            

3 juillet 2011

ISRAËL, LA BRIDE SUR LE COU [2/3]


Le summum de l’abomination


« Nous sommes aussi différents des races inférieures comme elles le sont des insectes. Notre royaume terrestre sera gouverné par notre chef avec une baguette de fer. Les masses lécheront nos pieds et nous serviront comme des esclaves » Menahem Begin 


Dans «le seul pays démocratique du Moyen-Orient», les quelques étudiants palestiniens en médecine sont poussés à collaborer avec le chabak (service de renseignement) pour avoir droit aux stages dans les hôpitaux de Jérusalem. Près de 8500 Palestiniens croupissent en silence dans des camps de détention. Parmi eux, 340 enfants vivent dans une terreur constante. Agés de 11 à 14 ans, ils sont victimes de harcèlements pervers et souffrent de négligence médicale. Pendant que les tortures les plus effroyables sont infligées à ces prisonniers, l’unique soldat israélien détenu par le «mouvement terroriste» à Gaza se prélassait tout récemment en regardant les matchs de la coupe du monde de football. Toutes les voix s’élèvent pour réclamer nommément la libération de ce soldat ; personne ne fait allusion au sort de ces milliers de détenus en détresse. L’évidence surgit : tous les hommes sont égaux, mais certains moins que d’autres.

Le subterfuge appelé terrorisme
Pendant l’attaque sanglante de Gaza, les journalistes ont été tenus à l’écart «pour des raisons de sécurité». Mais apparemment cela ne valait pas la peine qu’on émette une protestation. Le terrorisme d'Etat est invariablement disculpé et ne soulève aucune condamnation crédible.
C’est à une poignée de résistants, habilement diabolisés, qu'on demande cyniquement d'arrêter «la violence». Se défendre contre la colonisation, résister à la tyrannie est légitime autant qu'honorable. Cela tombe sous le sens... Mais le vocable «terrorisme», utilisé tous azimuts, a brouillé les cartes. Ce mot magique, qui conforte la pratique de mystification israélienne, est maintenant entériné par tous les médias. Tant qu’à faire, le patriote français Jean Moulin ne serait qu’un fieffé «terroriste», lui le héros national dont les cendres ont été transférées au Panthéon ; on devait aussi désavouer Nelson Mandela pour son opposition au régime d'apartheid, le groupe arménien Manouchian pour sa lutte contre les nazis. 
Il suffit d'arborer la bannière de la «lutte contre le terrorisme» et tous les coups sont permis : destruction de logements et de terres agricoles, arrachage de milliers d’oliviers, détérioration de réservoirs d'eau et stations de pompage, bombardement des écoles, mitraillage des ambulances, assassinats ciblés des dirigeants palestiniens (s’ils ne collaborent pas)... Jamais dans l’histoire, une force d’occupation n’a été aussi destructrice, aussi meurtrière. (1)

Un certain Friedman écrivait naguère dans le New York Times, “vous [les Palestiniens] ne pouvez pas construire une nation sur les épaules d'assaillants suicidaires”. Des journalistes, ici et là, savent manier les contrevérités. Surtout n’allez pas leur dire qu’Israël a fondé son existence sur l’activisme criminel de plusieurs organisations terroristes (Haganah, Irgoun, Gang Sterne, mouvement clandestin Lehi) et une série de massacres impitoyables (Sabra et Chatilla, Jenine, Ramallah, etc.). N’essayez pas de leur faire remarquer que les principaux responsables sont devenus plus tard des hommes d’Etat (Shamir, Begin, Rabin, Peres, entre autres).
Le jeu est maintenant bien rôdé : un journal israélien balance un mensonge, puis se rit de voir comment celui-ci est traité par les médias internationaux. Un dirigeant invente n’importe quel subterfuge et voilà que la partie concernée de perdre de l’énergie à se disculper. Un exemple : Haaretz, en juin dernier, a publié une «information» alléguant l’opposition de Mahmoud Abbas à la levée du blocus maritime imposé à la bande de Gaza. Plusieurs dirigeants palestiniens se sont alors échinés à porter un démenti catégorique (Abou Roudeina et Saeb Orekat notamment). Autre exemple : l’allégation selon laquelle le bateau humanitaire libanais Marie serait téléguidé par le Hezbollah. Là encore, on perdra du temps à «réagir» à l’accusation... Autant la duperie est sournoise, autant la réaction semble ingénue.

Les bêtes marchant sur deux pattes

L'annonce récente des «mesures d'allégement du blocus» de Gaza (qui continue, notons-le, d’être bombardée) a eu le don d’alimenter la rhétorique médiatique et de dévier l’attention. Cette combine visait à rehausser l'image de l’occupant suite à l'agression contre la flottille humanitaire turque. Tel porte-parole sioniste déclare avec cynisme que «150 camions remplis de nourriture» entrent par jour dans la bande de Gaza… ceux qui l’écoutent ne sont pas censés savoir qu’il y a douze ans ce nombre était de 1800 camions par jour et qu’entre-temps la population de ce territoire a augmenté.
Menahem Begin vous connaissez ? C’est celui qui a dit que les Palestiniens sont des «bêtes marchant sur deux pattes» (cité par Amnon Kapeliouk, «Begin and the beast», 1982) ! Le sionisme s’acharne sur eux depuis 60 ans, les voue à la servitude et l’anéantissement. On leur en veut d’abord d’être les maîtres du sol. On leur en veut aussi parce qu’ils ont du sang dans les veines (à revendre). Par leur présence sur la scène, ils rappellent en permanence la nature délictueuse de l’occupation. Ils figurent pour ainsi dire la «mauvaise conscience» du spoliateur. Du coup, on les expulse, on les emprisonne, on les torture, on les diabolise, on les affame, on les bombarde, on les assassine… Décidément, l’Ouganda l’a échappé belle.
A chaque fois, on se dit que la mesure est comble, que le summum de l’abomination est atteint, à chaque fois le bouchon est poussé plus loin. Encore et encore... La destruction de maisons palestiniennes à grande échelle vous a-t-elle horrifié ? Eh bien, on décide de démolir des villages entiers (45 en juin dernier, dans le Naqab, abritant environ 85.000 Palestiniens). Un israélien lance sa voiture sur un enfant palestinien et l’écrase sur le trottoir… il dit ensuite qu’il ne l’a pas fait exprès, et l’affaire est close. Des cimetières musulmans sont régulièrement saccagés ; d’autres sont ratissés et transformés en parcs de jeux, jardins et parkings (comme à Ramallah, Jaffa et près de Tel-Aviv). Le cimetière historique de Jérusalem a été plusieurs fois profané avant de subir l’épreuve des pelleteuses mécaniques. Il renfermait les tombeaux des Saints de l’Islam et des martyrs de Salaheddine…




Israël, depuis sa création, viole avec désinvolture et de façon de plus en plus cynique les décisions de l’ONU et les conventions internationales. Les Etats-Unis sont le garant par excellence de cette impunité criante ; ils sont corps et âmes acquis à la cause sioniste. Dans ce pays, le sionisme dispose d’un instrument d’une redoutable efficacité : l’AIPAC. Créée en 1954, cette org7anisation juive est explicitement au service d’Israël et défend ses intérêts. Elle tire son efficacité des moyens considérables dont elle dispose, mais surtout d’une astuce que personne n’ose contester : elle n’est pas déclarée comme lobby servant les intérêts d’un pays étranger...

Au lendemain du fameux «11 septembre», des dirigeants américains avaient traité de lâches les auteurs des attentats. On aurait aimé les voir tenir le même propos au sujet des soldats israéliens qui se sont amusé à tirer sur un enfant terrorisé dans les bras de son père (Mohammed al Dura), à briser méthodiquement les bras des adolescents avec une roche, à obliger une femme sur le point d'accoucher à rester dans sa voiture pendant des heures en plein soleil, en gardant les vitres fermées, etc.
Se tromperait celui qui croirait que l’infamie a une limite. C’est que, tout simplement, il n’y a pas de limites, pas de garde-fou, pas de ligne rouge. Des extrémistes auxquels vous faites comprendre que, quels que soient les excès commis, ils seront toujours soutenus et confortés, n’ont aucune raison de s’arrêter. Ils ont la bride sur le cou…
C’est donc aux nombreuses complicités dont bénéficie le sionisme que le prochain papier est consacré.

Thami BOUHMOUCH
Août 2010
_______________________________________
 (1) Qu’en on juge par les déclarations de ces leaders sionistes : «Nous devons utiliser la terreur, les assassinats, l’intimidation, la confiscation des terres et l’arrêt de tous les programmes sociaux afin de débarrasser la Galilée de sa population arabe» (Israël Koenig, in «The Koenig mémorandum», 1976 - www.historyofisrael.info) ; «Les palestiniens seront écrasés comme des sauterelles et leurs têtes éclatés contre les rochers et les murs » (Yitzhak Shamir, 19/06/88 – www.anti-imperialisme.com) ; «Tuer n’est pas un crime si les victimes ne sont pas juives» (le rabbin Yitzhak Ginsburg, Journal Jérusalem post, 19/06/89).




2 juillet 2011

ISRAËL, LA BRIDE SUR LE COU [1/3]


Fourberie et contrevérités



 « Si l'on ment, il faut mentir jusqu'au bout. Il faut du mensonge faire un acte de foi »  D. Lévy-Chedeville

Le drame palestinien a débuté en 1917, lors de la fondation du «foyer national juif», avec la complicité du gouvernement britannique et de la Société des Nations. La déclaration Balfour visait probablement en sous-main à éloigner les juifs d’Europe. Les dignitaires antisionistes, qui s’y étaient opposés à l’époque, l’avaient qualifiée d’antisémite. L’idée était que l’émigration des juifs de la diaspora allait se faire sous la contrainte et susciterait des soupçons sur leur fidélité à leurs pays respectifs... Toujours est-il que depuis cette date, l'entité sioniste a occasionné les destructions et souffrances les plus alarmantes. Des individus fanatisés venus de Pologne, de Kiev, de Biélorussie, de Grande Bretagne, etc. se déclarent maîtres des lieux, font main basse sur les terres, planifient les expulsions, la mort et la dévastation.
A l’instar des Afrikaners, leur hégémonie ne pouvait se fonder que sur un système politique sordide et avant tout sur une oppression militaire implacable. Zéev Jabotinsky, un dirigeant sioniste (né en Ukraine), l’a exprimé ainsi : «Le sionisme est une aventure de colonisation et c’est pour cela qu’elle est dépendante d’une force armée» (son livre «Le mur de fer», 1923). Raphael Eitan, un chef militaire (de parents russes), est plus explicite : «La force est l’unique chose qu’ils [les Arabes] comprennent. Nous devons utiliser la force absolue jusqu’à ce que les palestiniens viennent ramper devant nous» (Journal Yediot Aharonot du 13/04/83)... L’Ouganda revient de loin : ce pays a failli en 1903 faire les frais d’un projet d'implantation juive (sur proposition britannique).
A mon sens, l’hégémonie impudente d’Israël est due à deux facteurs clés : une propension phénoménale à falsifier la vérité, appuyée sur un vaste réseau de propagande et de désinformation (partie 1) ; le soutien coupable et avilissant des Etats et médias occidentaux (partie 2). Le présent article se limite au premier.

« Nous avons pris leur pays »
Le peuple palestinien a affaire à un adversaire «sûr de lui et dominateur» (C. De Gaulle, 1967), un adversaire fourbe et d’une cruauté inégalée. Les leaders israéliens successifs savent s’y prendre pour dire le contraire de ce qu’ils font (ou ce qu’ils comptent faire). Ils inventent sans relâche les échappatoires et les esquives, créent les faits accomplis sur le terrain. Lorsqu'ils s'engagent le matin, c'est pour se rétracter le soir. On déclare devant les caméras que tel point de passage sera ouvert et l’on s’aperçoit qu’il est (presque) toujours fermé. On annonce que les pourparlers avec les Palestiniens doivent s’engager sans condition préalable ; deux jours après, on crée la surprise en posant une condition sine qua non : reconnaître «Israël en tant qu’Etat juif». On promet à chaque fois de stopper la colonisation, cependant que les constructions se poursuivent furtivement (plus de 100 colonies ont été créées depuis les accords d’Oslo).
Les «accords» signés sont systématiquement foulés aux pieds. Le phénomène a pris une ampleur invraisemblable. La boutade de Ben Gourion, à cet égard, est très éloquente : «Si j'étais un leader arabe, je ne signerais jamais un accord avec Israël. C'est normal, nous avons pris leur pays» (cité par Nahum Goldmann dans «Le paradoxe juif», 1976). La bravade est prononcée haut et fort, sur un ton plein de morgue et de dérision.
Le rêve de Sharon était de refouler (vers n'importe où) plus de 60 % des Palestiniens de Cisjordanie pour y implanter un million de Juifs (de n'importe où). Des milliers d’habitations palestiniennes sont démolies régulièrement sous des prétextes extravagants. Il arrive souvent que des colons s’emparent des maisons évacuées sous la protection active et prévenante de l’armée. Assister en spectateur à la destruction ou la confiscation de son foyer, se retrouver dans la rue avec ses enfants et quelques ustensiles sauvés à la hâte : nul ne peut imaginer ce que les victimes ressentent. Jamais dans l’histoire, une force d’occupation n’a été aussi haineuse, aussi inhumaine.

Expatrier une population (des autochtones), transplanter une autre (des colons)… rien ne semble mettre fin à la tragédie. L’ordre d'expulsion relève d'un programme mûrement réfléchi : déposséder et chasser le plus grand nombre possible de Palestiniens. «Nous devons tout faire, disait Ben Gourion, pour nous assurer qu’ils ne reviennent pasLes vieux mourront et les jeunes oublieront» (18/07/48, voir www.france-palestine.org)...
Le monde, à force de prêter le flanc à la manipulation, finit par oublier que l'occupation est la cause de toutes les atrocités. Les Palestiniens sont des sinistrés. Affaiblis par 60 ans de détresse, trahis par les uns et les autres, ils sont devenus vulnérables. Ils ont perdu la terre, celle de leurs ancêtres, font face à la fois à une puissance mondiale et à une puissance régionale ; ils ne bénéficient pas du soutien des médias internationaux, ne peuvent pas compter sur les Etats voisins... 
Embarqués dans des pourparlers chimériques, ils regardent passer les décennies perdues. Le train-train est bien connu : la partie israélienne fait mine de négocier et le médiateur américain est à la fois juge et partie. Les choses étaient pourtant claires, comme le clamait Z. Jabotinsky : «Une réconciliation volontaire avec les Arabes est hors de question, que ce soit maintenant ou dans le futur» (son livre «Le mur de fer», 1923). On comprend pourquoi le «processus de paix» – dont la simple évocation semble aujourd'hui suffire en elle-même – a l’air d’un canular reproductible à l’infini. Les mots sont en train de prévaloir sur les faits.

Bluffs et leurres à la pelle
Les extrémistes sionistes – comme jadis les Blancs d’Afrique du Sud – savent légitimer leurs tueries, diaboliser leurs victimes. Ils recourent toujours aux mêmes rengaines : celles de «la menace de destruction d'Israël», des «juifs jetés à la mer», de la «montée de l'antisémitisme en Europe», des «liens terroristes internationaux», du droit à la «légitime défense»... Les artifices sur mesure, dont sont truffés les manuels d’histoire, font le lit de l’extrémisme israélien, décuplent la violence et la haine à l’égard du Palestinien. Farder la vérité est une armature essentielle du projet sioniste. Un certain général Matityaha Pelet l’admettait, explicitement et en connaissance de cause : «La thèse du danger d’un génocide qui nous menaçait en juin 67 et qu’Israël se battait pour son existence physique était seulement du bluff…» (Journal Ha’aretz du 19/03/72). Un bluff qui a partout très bien pris.
Vous voulez savoir comment raisonnent les leaders sionistes ? La déclaration de Netanhyahu, à cet égard, est assez caractéristique : «Israël aurait dû exploiter la répression des manifestations en Chine lorsque l’attention du monde s’est focalisée sur ce pays, pour mettre à exécution des expulsions massives parmi les Arabes des territoires» (Journal Hotam du 24/11/89). Comment peut-on se fier aux simagrées étalées sur la scène ? Les forfaits du sionisme, c’est ce qui se passe derrière les décors, hors de la vue du spectateur.


Des civils sont-ils tués sur la plage de Gaza par un obus israélien ? On produira «l’information» selon laquelle une mine posée par le Hamas est à l’origine de l’hécatombe… et les médias (à la botte des lobbies ou par réflexe conditionné) marchent tête baissée. Le nec plus ultra de la perfidie, c’est lorsque les alliés inconditionnels sont assaillis pour leur «manque» de dévouement à la cause du sionisme. Témoin le site «La voix de la communauté juive en France» qui s’en prend aux  médias français, accusés de «partialité et de dénigrement systématique d’Israël» !... Déroutant, n’est-ce pas ? Il suffit de voir le parti pris véreux de France 2, RFI, Arte et France 24 en faveur des menées israéliennes pour mesurer l’ampleur de l’intoxication sioniste. Et voilà que le 2 août dernier S. Peres accuse l’establishment britannique d’être «profondément hostile à Israël» et de «prendre parti pour les Arabes» ! Il ne faut pas avoir peur de trop forcer sur les leurres (et les jérémiades)…
Dirigé par une extrême-droite machiavélique, l’Etat colonial prône ouvertement l’épuration ethnique. C’est un Etat au-dessus des lois, dont l’armée est prédisposée à piller, affamer et massacrer des civils. C’est par ailleurs un espace où règne une atmosphère d’animosité et de violence impitoyables – du fait non pas de «l’ennemi» en face, mais bien de la manière dont les israéliens se comportent les uns avec les autres. Les ashkénazes manifestent un mépris hautain à l’égard des sépharades et des arrivants d’Europe de l’Est ; les ultra-orthodoxes et les laïcs ne cessent de s’entre-déchirer ; les falashas noirs, mal aimés et mal lotis, doivent batailler pour survivre... Un tissu social hétéroclite et profondément déséquilibré, c’est le poison quotidien de l’entité sioniste.
Qu’importe, la machine de propagande a réussi à faire passer les agresseurs pour des êtres évolués, «acquis aux valeurs de l’Occident», assaillis de toutes parts par des brutes incultes, sans foi ni loi. Cela ne vous rappelle-t-il pas les films westerns des années 50 et 60, où les indiens personnifiaient toujours les barbares, les «méchants» ?... Le vocabulaire utilisé participe à la mystification : le terme «conflit» permet de faire l’impasse sur l’acte de spoliation, en laissant sous-entendre qu’une lutte armée a lieu entre deux Etats aux motivations contradictoires. 
L’opinion internationale a vite gobé la distinction entre les colonies «légales» et les colonies «irrégulières» ou «sauvages». S’agissant d’expulsions, de démolition de logements, de piraterie en haute mer, d’assassinats de civils, on dira par exemple «la Knesset a voté…», «la haute cour a ratifié…», «conformément à telle loi», etc. Les crimes sont accoutrés d’une parure de légalité et, là encore, les médias (y compris arabes) suivent tête baissée.


Qu’en est-il maintenant de ce subterfuge nommé « terrorisme » et de l’histoire des « bêtes marchant sur deux pattes » ? C’est l’objet du prochain billet.

Thami BOUHMOUCH
Aoùt 2010