5 juillet 2011

ISRAËL, LA BRIDE SUR LE COU [3/3]

Les collusions suspectes


«S'il nous faut accepter tout ce qui est comme il est, dans toute sa dimension tragique de non-sens radical, comment éviter l'accusation de complicité, voire de collaboration avec le mal.» Luc Ferry

Armés jusqu'aux oreilles, les soldats de «Tsahal» ont la bride sur le cou. Ils ont le courage de gifler des femmes âgées, de bastonner des enfants ou les utiliser à l’occasion comme des boucliers humains (lors de l’attaque de Gaza), de tuer des journalistes à bout portant (flottille humanitaire, entre autres), d’assassiner de sang froid des militants pacifistes (Rachel Corrie écrasée par un bulldozer blindé en 2003 à Gaza). Ils ne s’en veulent pas de regarder une gamine pleurer à coté des cadavres de ses parents (à Jenine jadis, comme à Gaza). L’armée d’occupation a utilisé des bombes au phosphore blanc dans ses attaques à Gaza. Le Protocole interdisant l'utilisation d’une telle arme la considérait comme un crime de guerre. Voila qu’on apprend qu’Israël, ayant «refusé» de signer ce protocole, ne peut être formellement accusé. Les choses sont simples en effet, pourquoi les compliquer ? Lorsqu'on a la caution des Américains, on ne s'encombre pas de scrupules. 


Un parti pris avilissant

Les actes meurtriers d’un Milosevic en Bosnie et au Kosovo sont-ils plus ignobles que ceux que Sharon, Moufaz et Ben Elliazer ont perpétré hier à Jenine et Ramallah, ceux de Barak, Olmert et Netanyahu aujourd’hui à Gaza ? Sarkozy, sans hésitation, a dit un jour du Président Ahmadinejad : «il bafoue les idéaux et les valeurs inscrits dans la déclaration universelle des droits de l’homme». Mais il faut beaucoup de cran pour importuner ces scélérats notoirement connus. Le Tribunal Pénal International s’acharne volontiers sur Omar Al Bachir, mais ne lui demandez pas de s’en prendre aux commanditaires des crimes sionistes. Une juridiction qui tend – au grand jour – à fustiger les uns et épargner les autres est un véritable affront.

Du temps de Bush, grâce à la formule magique du «11 septembre», les Etats-Unis ont assumé plus que jamais le rôle de Satan sur la scène internationale. Lui et son entourage avaient l'aplomb de parler de combat du «Bien contre le Mal». On tenait un discours réducteur : le Bien devait triompher mordicus du Mal. Si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous. Pourtant, c'est avec l'arsenal fourni par les Américains et leur soutien sans retenue que les tueries sont commises périodiquement dans les villes palestiniennes. 

Que dire des dévastations perpétrées par l’armée américaine en Irak, du million de tués depuis 2003 ? On peine à comprendre la nécessité de bombarder des monuments millénaires, de saccager des musées, d’abattre à bout portant un homme et sa femme parce qu’ils s’opposent au viol (collectif) de leur fille… Que faut-il penser des bombardements récurrents de civils en Afghanistan et au Pakistan ?


Ce sont toujours les mêmes qui pâtissent du droit de veto à l'ONU, du précepte infâme des deux-poids-deux-mesures. L’opinion mondiale et les médias –maintenus sous anesthésie – ont fini par s'y faire. La volonté de l'Iran d'accéder à la technologie nucléaire met en transe les grands de ce monde. Quant à l’arsenal de l’Etat sioniste, motus et bouche cousue ! A la demande des Etats-Unis, Israël n’a jamais reconnu officiellement être une puissance nucléaire. C’en est une évidemment depuis 1967. Sur un ton narquois, on nous explique que l’Etat juif n'a pas signé le traité de non-prolifération nucléaire (contrairement à l'Iran) et donc n'est pas «légalement» soumis aux contrôles de l'AIEA. Si vous n’avez pas signé, vous êtes absout : l’argument n’est-il pas ingénieux ? 
Aujourd’hui, on s’apprête à serrer le cou de l’Iran : la poigne est américaine mais c’est Israël qui manie l’aiguillon... On voudrait détruire ce pays, héritier de grandes civilisations, pour «découvrir» après coup qu’il ne fabriquait pas d’armes nucléaires. Du déjà vu, non ?
Les Etats-Unis, nul ne peut en douter, s’investissent volontiers dans des actions humanitaires massives dans le monde (le séisme à Haïti a mobilisé l'aide d'urgence du gouvernement et suscité la générosité du public)… Une vérité surgit néanmoins : en deçà des frontières, les Américains sont assurément des démocrates et respectent les droits de l’homme ; au-delà, s’il le faut, ils se comportent avec une désinvolture et une brutalité impitoyables.
Ils n'hésitent pas à se ravaler en s’acoquinant avec des chefs sionistes aux mains maculés de sang. Hier, ils multipliaient les éloges en direction de Sharon et le qualifiait d’ «homme de paix», en dépit de ses forfaits notoires. Aujourd'hui, ils s’inclinent devant Netanyahu et Barak. Les dirigeants arabes «alliés», quant à eux, sont amplement responsables du rapport de force qui prévaut au Moyen-Orient. A force de ployer sous les pressions et chantages, ils sont désormais déconsidérés...
L'aide militaire américaine à l’Etat colonial est considérée, tenez-vous bien, comme «un investissement à long terme pour la paix». Cela permet de déverser des bombes sophistiquées sur les villes palestiniennes, en particulier celles à guidage laser et par satellite. Mais gare à la Syrie si elle se met dans la tête d’armer le Hezbollah. «C’est pas du jeu» ! 

«Nous, les juifs, contrôlons l’Amérique»
Les colonies juives utilisent par habitant 20 fois plus d'eau que les localités palestiniennes voisines (rapport d'Amnesty International, juin 2010). Des Palestiniens malades, par centaines, meurent à petit feu parce qu’on leur refuse le droit de partir se soigner à l’étranger. Le statut de la bande de Gaza est unique : ce n’est ni un pays indépendant, ni un territoire occupé (stricto sensu). C’est un vaste camp de détention à ciel ouvert, livré à la générosité internationale. Le geôlier n’assume aucune responsabilité vis-à-vis des prisonniers, mais s’adjuge le droit de les bombarder régulièrement. Aucune aide humanitaire ne doit y parvenir et ses initiateurs sont assassinés au grand jour. Si au moins les pêcheurs pouvaient aller en mer sans essuyer les tirs des soldats israéliens...
Dans les pays arabes et musulmans, le ressentiment est à la mesure des injustices. Du coup, les Etats-Unis se décident à lancer deux stations de propagande en langue arabe : la radio Sawa et la chaîne de télévision (satellitaire) Al hurra. Obama a même été au Caire pour clamer «Assalam Alikoum», deux mots qui avaient soulevé une grande ferveur... Quelque chose a-t-elle changé depuis lors ? Obama a-t-il reconnu les horreurs commises en Irak ? A-t-il essayé d’arrêter la colonisation de la Palestine ? A-t-il levé le blocus inhumain sur Gaza ?... A cet égard, la réplique d’Ariel Sharon à Shimon Péres est assez édifiante : «Chaque fois que nous faisons quelque chose, vous me dites que l’Amérique fera ceci ou fera cela … Je vais vous dire quelque chose de très clair : ne vous préoccupez pas de la pression de l’Amérique sur Israël. Nous, les juifs, contrôlons l’Amérique, et les Américains le savent» (Radio Kol Yisrael, 03/10/01).
Les citoyens américains, connus pour leur mauvaise perception des événements hors frontières, supportent une charge morale très lourde. Ils sont indirectement impliqués, du fait qu’ils vont aux urnes et qu’ils peuvent toujours exprimer leur désaccord (les armes sont fournis aux frais du contribuable). Il est vrai que les choses changent : selon un sondage commandité par la BBC entre décembre 2009 et février 2010, 40 % «seulement» de l’opinion américaine est favorable à la politique israélienne, contre 47 % l’année précédente...
Les Etats européens sont eux aussi complices des menées d’Israël et confortent son sentiment d’impunité. Sur les chaînes de télévision, par exemple, les forfaits sionistes sont soigneusement déguisés, suivis aussitôt et sans la moindre sensibilité morale d’une «page de sport». L’accord de libre échange UE-Israël, présuppose le respect des droits de l’homme par les parties contractantes. Dans ce cas particulier, ne s’agit-il pas d’un vœu pieux ?
Le sang et les larmes coulent depuis trop longtemps. Les Palestiniens ne possèdent ni bombardiers, ni missiles, ni armes bactériologiques. Ils sont agressés au quotidien, ne comptent plus les morts et les estropiés. A la fois courageux et vulnérables, ils affrontent (symboliquement) des blindés de 60 tonnes avec des pierres… Israël a profité sans vergogne du silence et de la complicité des grandes nations. Celles-ci, à n’en pas douter, devraient rendre des comptes pour non-assistance à peuple en danger. Le monde aurait espéré voir ces nations prendre position en faveur des victimes, en accord avec les règles de la morale ou par honnêteté intellectuelle... Il a fallu qu’elles soutiennent le plus fort, accablent le plus faible. C’est ainsi que le rapport Goldstone est discrédité, que l’Etat colonial est exempté de ses responsabilités devant le droit international, que les condamnations ne sont jamais suivies de sanctions.
Des Etats-Unis, les dollars affluent et vont directement aux colonies de Cisjordanie et de Jérusalem. La France, en avril dernier, a tenu à «honorer la mémoire» de Ben Gourion, en lui dédiant une esplanade dans sa capitale. Rappelons qu’entre 1947 et 1948, sous les ordres de ce criminel de guerre (venu de Pologne), 532 villages arabes ont été détruits, près de 15.000 Palestiniens tués, 84 % de la population contrainte à l’exil. On est beaucoup moins horrifié par les tueries commises par l’Etat juif que par la bénédiction accordée par les dirigeants occidentaux. 

L’attaque irresponsable du bateau turc dans les eaux internationales a provoqué, contre toute attente, une prise de conscience à l’échelle mondiale. Les citoyens du monde épris de justice et moralement libres sont appelés à prendre les devants, à l’instar de ceux qui ont triomphé jadis de l’apartheid. Vu le rapport de force, la résistance héroïque des Palestiniens ne peut suffire. Il s’agit de retrouver sa dignité, de mettre le holà au terrorisme d’Etat qui a trop duré. Des artistes déclineront les invitations ou annuleront leurs représentations en Israël, des institutions financières arrêteront d’investir dans son industrie, de plus en plus de produits provenant des colonies seront boycottés… A l’heure actuelle, 150 artistes irlandais lancent une campagne de boycott de l’Etat juif pour protester contre ses agissements meurtriers en Palestine. Le crime se retournera contre ceux qui l’ont commis.

Les juifs en terre d’Islam
Un Etat binational mêlant les deux peuples ? Au point où on en est, c’est peut-être une solution… Encore faut-il reconnaître les crimes perpétré depuis 60 ans, restituer les terres volées, indemniser les victimes, permettre le retour des familles exilées, instaurer la justice. Nul ne dira que c’est facile, mais c’est la condition sine qua non.

Ici, deux déclarations caractéristiques (et sans masque) méritent mention : «Nous réduirons la population arabe à une communauté de coupeurs de bois et de serveurs» (Uri Lubrani, cité par Sabri Jiryias in «The Arab in Israël», 1960 – www.aredam.net). «Nous devons tuer tous les palestiniens à moins qu’ils ne soient résignés à vivre en tant qu’esclaves » (Chairman Heilbrun, octobre 1987 – www.anti-imperialisme.com) Aujourd'hui, à la lumière de ces discours haineux, nous voyons ce que les juifs font aux Palestiniens et l’histoire n'a de cesse de se rappeler à nous. Comment les juifs vivaient-ils jadis en terre d’Islam ? Voici une bribe d’histoire. 

En Espagne et Portugal musulmans (Al Andalus du VIII è au XV è siècles), la minorité juive – auparavant combattue et persécutée – avait droit à la protection et la sécurité, occupait dans la société une place reconnue et stable. Alors que le roi wisigoth (de 680 à 687) se proposait d’extirper «la peste judaïque», les Musulmans assuraient aux juifs des droits effectifs, une liberté de culte et de pensée jusque-là inconnue.
On retrouve le même climat de tolérance et d’humanité dans l’Empire ottoman (XIVè au XXè siècles) : les juifs y trouvaient une terre d’accueil favorable à leur épanouissement économique, culturel et religieux. On raconte que des négociateurs européens avaient fait pression sur le pouvoir ottoman pour que les juifs soient écartés du commerce international. Mais la requête fut refusée… Sur l’île de Buyukada, au large d’Istanbul, le touriste aujourd'hui peut voir les magnifiques résidences d’été occupées jadis par la bourgeoisie juive. C’est assez significatif de l’atmosphère de bienveillance et de concorde exemplaires qui régnait à l’époque…
On s’aperçoit vite que le sionisme est une calamité pour les juifs eux-mêmes (voir : www.nkusa.org).

Thami BOUHMOUCH
Août 2010. 

Sites où l'article a été publié : cf. partie 1/3.
            

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