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3 mai 2025

LE MARKETING OBEIT-IL A UNE MORALE ÉGOÏSTE ? [1/2]


Le marketing, du moins dans sa perspective formalisée, est une idée relativement nouvelle dans la pratique des échanges. Désormais, l'entreprise s'oriente systématiquement vers le marché. Elle sait que sa pérennité dépend fondamentalement de son aptitude à satisfaire les besoins actuels et futurs du consommateur. Elle veut comprendre celui-ci afin de répondre à l'exigence de valeur qu'il a définie et à laquelle il s'attend.

Sans un tel credo, l'entreprise pourra innover ou s'engager massivement dans une campagne promotionnelle, ses produits demeureront sur les étalages. Vous aurez beau trouver votre produit merveilleux, votre avis ne vaudra rien si les clients potentiels ne le partagent pas.

L'impératif de rentabilité
Pour autant, l'optique marketing ne constitue pas une fin en soi. Mis à part le cas d'une action caritative, le marketing n'est pas d'essence philanthropique, n'est pas animé par un élan altruiste. L'entreprise, par définition, est une organisation à but lucratif ; elle n'a pas pour vocation principale de “faire plaisir” à ses publics. S'agissant de l'activité marchande, l'essentiel est de réaliser non pas un chiffre d'affaires important, mais un chiffre d'affaires rentable.
De là cette évidence banale : on ne saurait tout sacrifier au client, vendre en dessous du seuil de rentabilité. (1) Un produit réussi est un produit qui, tout en répondant strictement aux désirs du consommateur, est vendu avec profit. Il n'est que de voir les banques : ne tendent-elles pas opiniâtrement à accroître le revenu par client tout en comprimant les coûts de distribution des produits offerts ? Ne cherchent-elles pas à parer à l'érosion des marges commerciales en développant de nouveaux produits, en se tournant vers de nouveaux métiers ? Les actionnaires, ne l'oublions pas, ont l'œil sur le taux de retour sur fonds propres ! Le football n'échappe pas à la règle : les clubs les plus prestigieux (surtout anglais) savent allier la passion du jeu à l'attrait du gain.
L'exemple de l’ONCF est significatif à cet égard. L'époque n'est pas si lointaine où l'office commençait à chercher la meilleure approche du marché. Si la reconquête des clients est devenue la préoccupation majeure, l’objectif est indubitablement d’améliorer les recettes. Il s’agit, entre autres, de développer les créneaux rémunérateurs, en supprimant les trains qui roulent à vide ou dont la rentabilité n’est pas assurée.
Pourquoi les sociétés de mobilier de bureau se focalisent-elles sur le secteur privé ? La raison est simple : le marché public est un marché intéressant en termes de chiffre d'affaires, mais difficilement gérable eu égard aux problèmes de paiement.


Les besoins sont donc entendus dans un sens restrictif : seuls ceux qui sont solvables et rentables entrent en ligne de compte. L'homme de marketing s'intéresse aux publics qui détiennent les moyens financiers leur permettant de se porter demandeurs sur le marché ; il se soucie normalement de la rentabilité attachée à toutes les actions envisagées. Il est clair que la combinaison optimale des moyens mis en œuvre (les variables du mix) est celle qui maximise les profits.
Le profit (2) est l'un des rouages fondamentaux de la sphère marchande. C'est la carotte qui sert de stimulant à l'efficience. C'est à la fois la rémunération du risque assumé par l'entrepreneur et la condition des investissements de demain. C'est ce qui sert à orienter les masses de capitaux disponibles vers les produits les plus demandés...
Ces propositions font partie des lieux communs de la littérature économique courante. Faut-il s'appesantir sur la nécessité de gagner, de prospérer ? Sans le profit, l'entreprise est-elle viable ? L'action sur le marché serait vaine, voire dommageable, si elle ne devait aboutir à une amélioration de la rentabilité.
Considérons le cas des chaînes de fast-food. Afin d'augmenter le taux de rotation des clients et d'éviter que ceux-ci ne s'attardent (de façon infructueuse) devant leur repas achevé, des études ergonomiques ont par le passé permis de mettre au point un système original et efficace. Les sièges ont été étudiés pour offrir un confort relatif durant un temps déterminé, correspondant à la durée moyenne de consommation d'un hamburger-frites. Passé ce délai, la station assise tend à devenir inconfortable.
Du côté des sociétés de leasing, la sélection des candidats au crédit se fait avec toutes les précautions nécessaires. Il s'agit de récupérer les crédits encore plus que de les vendre. Pour qu'un client puisse bénéficier d'un taux à faible prime de risque, son dossier est étudié avec beaucoup d'attention. A chaque élargissement de la cible correspond une hausse de la prime de risque. Le but est de répondre aux attentes des clients, tout en se prémunissant contre les mauvais payeurs. Les sociétés de crédit à la consommation ne raisonnent pas autrement : le problème n'est pas tant d'accorder des crédits que de se faire rembourser. La gestion du risque est d'autant mieux maîtrisée que ces sociétés ont à leur disposition des méthodes de scoring et les garanties des employeurs.
Dans le système bancaire marocain, lorsque les actifs liquides disponibles dépassent largement la demande pour ces ressources (état de surliquidité) les banques refusent les dépôts dont le terme dépasse six mois. Comment pourraient-elles accepter un argent qu'il faudra rémunérer alors que, faute de projets à financer, il ne leur rapportera strictement rien ?
Cela amène à se demander : l'objectif de profit et le souci du client sont-ils conciliables ?

Satisfaction et rentabilité
Autrefois, l'économiste et sociologue Veblen distinguait curieusement “l'homme d'affaires” du “capitaine d'industrie” : le premier ne s'intéresserait qu'au profit, tandis que le second n'aurait d'autre but que la production de biens. Selon lui, la tâche de l'homme d'affaires n'est pas d'aider à fabriquer des produits mais de contrarier le flux de production. Il disait en substance : “Faire de l'argent et faire des produits sont deux choses bien différentes et souvent même contradictoires”. (3)
Cette allégation dénote une vision hérétique de la réalité. La volonté de produire conformément aux vœux du marché et l'exigence de rentabilité, non seulement ne sont pas incompatibles, mais elles vont de pair. “Choisir la rentabilité client comme objectif de gestion mais aussi comme préalable à l'action commerciale permet de générer de nouvelles créations de valeur. Nouvel indicateur, il s'agit d'une voie parallèle de connaissance du client”. (4)
Le profit constitue un indicateur de performance autant que l'écoute du client. Une entreprise n'existe et ne prospère que pour autant qu'elle sache satisfaire les besoins de ses clients, tout en améliorant son résultat d'exploitation, tout en faisant valoir les intérêts des investisseurs. (5) On s'engage à satisfaire le client en lui offrant la qualité souhaitée, tout en assurant un retour sur investissement substantiel grâce à une croissance durable et fructueuse.
Tout compte fait, le taux de satisfaction ne doit pas être perçu comme un but (une fin) mais comme un moyen. Cela veut dire qu'en créant de la valeur, en s'adaptant à la demande – et par cela même – l'entreprise compte atteindre les objectifs fixés (croissance de la part de marché, rentabilité, puissance et pérennité). Le marketing, pour reprendre un aphorisme connu, est “l'art de plaire à son marché en satisfaisant son patron”.
L'industrie pharmaceutique est appelée à concilier une logique matérialiste et une logique éthique : celle du profit et celle de la santé des patients. Un laboratoire pharmaceutique, ayant pour mission de fournir (à travers le médecin) les substances destinées à soulager ou à guérir les malades, est astreint – à l'instar de toute entreprise – à des objectifs de rentabilité et de croissance. La philosophie centrale est toujours la même : réaliser des profits sur la base d'un travail utile à l'individu et la collectivité (6).
Il y a lieu d'insister : le profit est un dérivé naturel d'une chose bien faite et non une fin en soi. Il provient non pas du volume des ventes mais de la satisfaction/rétention de la clientèle cible. Sans l'existence de clients réguliers et en nombre suffisant, il n'y a pas de profit. Affirmer que celui-ci est l'objectif de l'entreprise n'est donc pas pertinent. “Cela s'est révélé aussi vain que de dire que l'objectif de la vie est de manger. La nourriture est une condition et non un objectif de l'existence. Sans nourriture, la vie s'arrête. Les profits sont une condition de l'entreprise. Sans profits, l'entreprise s'arrête”. (7)
Que veut le consommateur ? Que veut l'entreprise ? Les deux questions sont concomitantes. Le marketing suppose un juste équilibre entre les deux exigences. Le but est de bâtir un partenariat win/win avec le client. “Si le profit est bien au centre des préoccupations, il ne se fait plus au détriment du consommateur, mais avec son concours, son assentiment et sa satisfaction post-achat”. (8)
Producteurs et consommateurs ont pour ainsi dire les mêmes intérêts.

Thami BOUHMOUCH
Extrait de l’article remanié publié in Cahiers de recherche en management (CRESCA, Casablanca), volume I, n° 1, décembre 2006.
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(1) Il ne s'agit pas de se focaliser sur la rentabilité à court terme – une tendance qui pourrait se révéler dangereuse pour la survie de l'entreprise.
(2) Profit et rentabilité ne sont pas des termes équivalents... mais ce n'est pas le lieu d'en discuter. Disons brièvement que la rentabilité est la capacité à générer des bénéfices. C'est le rapport entre les profits et les capitaux engagés.
(3) G. Soule - Qu'est-ce que l'économie politique ? Nouveaux Horizons 1980 p. 181 et Robert L. Heilbroner - Les grands économistes, Seuil 1971, pp. 218-219
(4)­ J.-F. Dupont - La rentabilité client comme point de départ, Banque Stratégie, mars 2000, p. 18.
(5) cfAndré Boyer - Les contradictions éthiques de l'entreprise, Revue marocaine de commerce et de gestion (Tanger), juin 2005, p. 17.
(6) Les milliards de dollars de bénéfices nets générés par Pfizer, notamment en 2021 et 2022, sur ses produits liés au COVID-19 ne sont rien d'autre qu'une escroquerie à l'échelle mondiale.
(7) Théodore Levitt - L'imagination au service du marketing, Economica 1985, p. 16.
(8) J.-J. Croutsche - Marketing opérationnel : liaisons et interfaces dans l'entreprise,  Editions Eska 1993, p. 16.

2 février 2024

ODD PRICING OU LA TACTIQUE DES PRIX EN TROMPE-L'ŒIL

 

Série : Marketing


Dans les grandes surfaces et divers types de magasins (vêtements, cuir, cosmétiques…), l’écrasante majorité des prix affichés sont des nombres à virgule se terminant par les décimales 95 ou même 99. (1) Comment cette pratique très largement répandue est-elle perçue par le grand public ? Comment agit-elle sur la perception de l’acheteur potentiel ? Correspond-elle bien au fonctionnement de son psyché ? Quel est son effet sur les ventes et les bénéfices réalisés par le détaillant ?

Les distributeurs qui adoptent la méthode de fixation des prix, appelée « odd princing », estiment pour ce qui est des ventes réalisées qu’elle produit parfaitement l’effet voulu. En anglais, odd veut dire : étrange, impair (dont la division par 2 ne donne pas un nombre entier). Ce mot prend aussi le sens de « et quelques » (par exemple « 19 et quelques »). En français, c’est le terme impair qui est communément utilisé…

Les prix impairs, appelés également prix magiques, prix psychologiques, prix intuitifs, prix en trompe-l'œil ne sont pas basés sur des calculs stricts. Appliquée aux produits mis en vente au détail, cette méthode de tarification consiste à fixer un prix en nombre impair juste en dessous du nombre pair/entier le plus proche, se terminant par 95 ou 99 après la virgule. On parle alors de prix « jamais ronds » ou « en dessous de la barre ». Par exemple : 19,99 ou 99,95 au lieu de 20 ou 100. Le niveau du prix annoncé est de fait en dessous de la « barrière psychologique ».

Cette astuce se fonde sur l’idée que les prix ainsi maniés ont un impact psychologique considérable sur l’esprit de l’acheteur potentiel. C’est un procédé de brouillage des prix par lequel les chiffres sont agencés de manière à influer sur la perception de la valeur du produit proposé.

Dans un point de vente, un article de 199,95 ou 199,99 est perçu sensiblement comme moins onéreux que si son prix était 200. Alors que le prix pair suggère intuitivement que le détaillant l’a arrondi au nombre entier supérieur, le prix impair (et comportant une virgule) donne l’impression d’avoir été « étudié » scrupuleusement avant d’être affiché, que la marchandise, présumée offerte au prix le plus bas possible, « n’est pas chère ». Le prix dans ce cas parait donc crédible, donne une impression d’honnêteté de la part du commerçant et suscite une certaine confiance.

 

Cette technique de vente dérive en fait de l’idée de seuil psychologique. Le but est bel et bien de maquiller le prix, de camoufler le niveau auquel l’individu est censé renoncer à l'achat (l’obstacle mental tant redouté). (2)

L’observation in situ du consommateur – vu qu’il est exposé à un flux continu de prix – permet de montrer qu’il n’est pas disposé à passer beaucoup de temps à évaluer les divers prix affichés. Il est prouvé qu’il procède à des rapprochements cognitifs, en simplifiant l’information reçue. Son subconscient ne retient que la première information visuelle : le ou les premier(s) chiffre(s) ou le chiffre avant la virgule. C’est ce qu’il lit et mémorise. C'est l'ordre de grandeur qui lui importe. Il tend à centrer l’attention sur l'unité monétaire immédiatement inférieure, c’est-à-dire à arrondir les prix vers le bas, plutôt que vers le haut.

De ce fait, l’acheteur perçoit le prix à un niveau inférieur à ce qu'il est réellement. Lorsque le prix affiché est 29,95 ou 29,99, il est spontanément situé dans la fourchette inférieure à 30, ce qui est censé déclencher la décision d’achat. Tant que ce seuil (prix rond) n’est pas franchi, la demande est assurée. Le chiffre 30 ne venant pas immédiatement à l’esprit de l’individu, le prix affiché est situé dans la gamme des « vingt » plutôt que dans celle des « trente » ; il est considéré comme « juste au-dessus de 20 » et non pas « juste en dessous de 30 ». Il est associé machinalement à une dépense de 25 ou même de 20 et donne à l’acheteur l'impression qu’il fait une bonne affaire, que le prix est une aubaine. De là, il agit comme un catalyseur. (3)

 

A y regarder de près, s’agissant d’un prix comportant plusieurs chiffres, les premiers sont regardés par l’acheteur comme plus « importants » que les derniers ; ce qui permet de définir un taux d'importance pour chacun d’eux et d'en déduire les concepts de « prix perçu » et de « prix réel ». (4) Considérons le prix d’un téléviseur à 2899,95. Le chiffre 2 – premier signe visuel – représente une grande part de l'information, car le nombre 2000 constitue 69 % du prix ; l’acheteur va donc appréhender clairement cette valeur. Le deuxième chiffre, correspondant à 800, soit 28 % du prix, sera également lu et retenu. Le troisième chiffre 90 est négligeable puisqu’il n'apporte que 3 % de l'information.

En conséquence, le prix perçu est 2800 !

La partie « importante » du prix étant définie, le vendeur est en mesure d’y faire suite en plaçant les chiffres 9. Ceux-ci étant situés dans la partie non lue, non considérée, n’influent pas sur le prix perçu et n'ont donc pas d’incidence négative sur la décision d’achat. Les prix maniés de la sorte génèrent une demande plus forte que si l’acheteur était parfaitement rationnel. (5) Le montant 99,95 – non perçu – entre entièrement dans les bénéfices, en permettant une maximisation de la marge réalisée par le vendeur.  

 


Cette technique en trompe-l'œil, notons le, convient parfaitement aux entreprises qui souhaitent être perçues comme des détaillants à prix réduits. A l’inverse, elle se révèle inefficace et son effet psychologique est dommageable lorsqu’elle a un impact négatif sur la perception de la qualité du produit, conduisant à une demande refrénée. « Les consommateurs peuvent considérer qu'une machine à café à moins de 20 € n'est pas assez chère et voir le prix comme un signe de mauvaise qualité. Par conséquent, en fixant le prix d'une machine à café à 19,99 €, la demande peut baisser considérablement ». (6) En somme, l’entreprise qui positionne ses produits dans le haut de gamme fixe logiquement ses prix sur la base de nombres entiers.

 

Certains vendeurs il est vrai abusent des prix impairs. « Même si cette pratique est très courante et considérée comme légitime par les distributeurs, elle n’en soulève pas moins un problème éthique et il convient d’évaluer les conséquences pour le consommateur ». (7)

On sait que dans l’intérêt des acheteurs le prix affiché doit être lisible et univoque. Ceux-ci, n’étant pas en état d’alerte permanent, se fourvoient à tous les coups. Pourquoi faut-il tolérer que, pour un prix de 5,95 dh par exemple, les décimales 95 soient minuscules et surtout mises à l’écart dans le coin de l’affiche, d’une manière telle que personne ne puisse les voir ? Ce stratagème n’est pas négligeable : un dirham est ainsi soutiré tous les jours – à la dérobée et sans coup férir – à une flopée d’acheteurs et pour chacun des articles mis en vente. (8)  

Thami BOUHMOUCH

janvier 2024

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(1) Cf. Holdershaw J., Gendall P., Garland R., “The widespread of use of odd pricing in the retail sector”, Marketing Bulletin, 1997.

(2) Cf. mon article : De l'exigence d'un marketing a visage humain https://bouhmouch.blogspot.com/2012/11/de-lexigence-dun-marketing-visage-humain.html

(3) Cf. http://www.businessdictionary.com/definition/odd-even-pricing. html  Voir aussi : https://www.priceintelligently.com/odd-even-pricing

(4) Cf. Gaël Grasset, Prix magiques https://www.lokad.com/fr/prix-magiques

(5) Cf. https://en.wikipedia.org/wiki/Psychological_pricing  Voir aussi : https://www.emeraldinsight.com/doi/abs/10.1108/03090569710190541

(6) Gaël Grasset, op. cit.

(7) Ch. Michon, O. Badot, G. Bascoul, Le Marketeur : Fondements et nouveautés du marketing, éd. Pearson 2010, p. 526. Je souligne.

(8) Cf. mon article : Affichage des prix : pourquoi, comment ? https://bouhmouch.blogspot.com/2011/10/affichage-des-prix-pourquoi-comment.html

7 janvier 2021

LE GRAND JEU IMPERIALISTE

 

Série : politique internationale

 


Durant ces vingt dernières années, pour justifier la continuation de l’existence de l’OTAN, les puissances d'Occident sont passées de la nécessité de contrecarrer l’Union Soviétique à celle de "s’opposer au terrorisme", avec son cortège de coups de force tous azimuts, assorti de manœuvres au profit des multinationales étasuniennes. La politique internationale se fonde plus que jamais sur les prétextes et les artifices afin de légitimer l’intervention militaire.

La fameuse "sécurité nationale" américaine conduit à imposer partout des garnisons et bases militaires, à perpétrer des assassinats, des invasions et des campagnes de bombardements, à sponsoriser des régimes crapuleux et des réseaux terroristes transnationaux. Ainsi, dès 2003 un plan de "contre-terrorisme" a été lancé en Afrique de l’Ouest ; l’année suivante, des Forces spéciales ont été directement engagées dans la région du Sahel. Le Pentagone ne cherchait rien d’autre qu’à s’établir dans le Golfe de Guinée afin de contrôler la route transafricaine du pétrole et les réserves vitales d’hydrocarbures qui y ont été découvertes. La série spectaculaire de prises d’otages visait tout simplement à manipuler les masses, à "créer des problèmes, puis offrir des solutions" (Noam Chomski). Il s’agissait, dans le sillage des agressions guerrières, de raffermir la mainmise des entreprises américaines et européennes sur les ressources locales.

Les médias donnent l’impression de savoir ce qu’est le terrorisme. Nul pourtant ne s’est soucié sérieusement de le définir au préalable. Est-ce donc un phénomène connu de tous sans qu’il y ait besoin de l’expliciter ? Peut-être est-ce une construction purement idéologique impossible à cerner dans la réalité ? Les États-Unis se sont distingués par leur interprétation unilatérale de ce fléau, une interprétation adaptée strictement à leur vision et intérêts politiques. Selon la définition énoncée dans le code officiel des lois étasuniennes, « le terrorisme est l’usage délibéré de la violence ou la menace de la violence pour atteindre des objectifs qui sont de nature politique, religieuse ou idéologique […] par le recours à l’intimidation ou à la coercition ou en inspirant la peur ». (1) Si l’on applique cette interprétation aux massacres de civils et destructions de biens publics commis par les Etats-Unis en Irak, en Afghanistan, en Syrie et au Yémen, ce pays serait à juste titre le plus grand agent terroriste ou le plus grand sponsor du terrorisme au monde. On pourra dire autant de l'entité coloniale sioniste.


De là, on s’aperçoit que le reproche que la Maison Blanche osait faire à Kadhafi dans les années 80, n’était pas dû à son soutien à des groupes terroristes, mais au fait qu’il ne soutenait pas les "bons groupes terroristes", c’est-à-dire les groupes bénis et ratifiés par Washington, tels les Contras au Nicaragua, l’Unita en Angola, les nervis cubains à Miami, les activistes au Salvador et au Guatemala, en plus des militaires et colons judéo-sionistes. Les nouvelles autorités libyennes ont été installées grâce à la puissance de feu de l’organisation terroriste nommée OTAN, en collaboration étroite avec son bras judiciaire, la CPI…

La nouvelle stratégie néocoloniale fait preuve d’une absence totale de retenue. L’Occident américano-centré s’est échiné à fabriquer des menaces improbables – en particulier depuis la chute du bloc de l’Est. « Dieu merci, après quelques tentatives sporadiques de cristalliser l’attention sur le narco-terrorisme, puis sur les armes de destruction massive de Saddam Hussein, le terrorisme islamique tomba littéralement du ciel pour offrir à cette défunte menace un digne successeur… ». (2)

On sait ce qu’il en est aujourd’hui en Occident du racisme antimusulman désormais conforté par la peur du "terrorisme", peur savamment attisée par les médias. Alors qu’au début du XXe siècle les Juifs étaient perçus comme une menace pour la civilisation européenne, voilà qu’en ce début du XXIe siècle les Musulmans leur ont succédé en tant que boucs émissaires. Tous ceux qui déblatèrent des horreurs contre "l’islamisme" ne savent pas de quoi il retourne. « L’islamisme est le retour au référentiel islamique afin de trouver des solutions aux problèmes sociaux et  politiques. Ce retour aux sources est producteur de sens et donc de résistance à tout système de domination. Au nom d’une identité bafouée, d’un héritage culturel et scientifique sacrifié, des mouvements se sont levés pour réclamer une rupture avec la culture dominante, imposée au nom du progrès. Un progrès, fruit d’une histoire perçue comme propre à l’Occident et non liée à leur propre culture, à leurs nations ». (3)

A cet égard, une réflexion de P. Sacre mérite mention : « Le terrorisme islamique a cet avantage pour nos gouvernements de ne pas être une menace clairement identifiée. Elle est perpétuelle, floue, terrifiante et omniprésente. Cette menace, à l’ère de tous ces moyens électroniques de surveillance et de repérage dont nous disposons, serait malgré tout indestructible, insoluble, tout au plus pourrions-nous la contenir, nous en protéger par des barricades et des miradors, des patrouilles et des fouilles incessantes ». (4) La réponse au "terrorisme" va tout bonnement se résumer à agresser sauvagement des pays supposés protecteurs d’un prétendu réseau islamique hypertrophié…

Pourquoi en Afghanistan des Corans ont-ils été brûlés par des bidasses yankees ? Parce qu’ils étaient annotés par des prisonniers, lesquelles annotations n’étaient rien d’autre que des explications ou des traductions de mots particuliers. L’envahisseur croyait, sans se donner la peine de vérifier le moins du monde, qu’il s’agissait de preuves d'affiliation à un mouvement terroriste. Le nommé Tomas Young, vétéran de la guerre d’Irak, s’est adressé naguère à Bush et Cheney en ces termes : « J’écris, non pas parce que je pense que vous saisissez les terribles conséquences humaines et morales de vos mensonges, manipulation et soif de richesses et de pouvoir. J’écris cette lettre parce que, avant ma propre mort, je voudrais dire clairement que moi-même et des centaines de milliers de mes camarades vétérans, ainsi que des millions de mes concitoyens, tout comme des centaines de millions d’autres en Irak et au Moyen-Orient, nous savons parfaitement qui vous êtes et ce que vous avez fait ». (5)


La création du concept de "civilisation judéo-chrétienne" a permis de justifier la logique du "choc des civilisations" chère aux néoconservateurs étasuniens et à tous les alliés qui voulaient mener la croisade antimusulmane sous couvert de "lutte contre le terrorisme". Cette manigance consiste manifestement à s’en prendre à un ordre culturel, dont le champ de référence ne concorde pas avec les modes de pensée en vigueur en Occident. Voilà pourquoi dans les discours comme dans les médias, l’islam est invariablement et abjectement associé au terrorisme… Les Occidentaux ont pendant très longtemps perpétré des crimes abominables, sans que les Musulmans ne cherchent à calomnier leur religion, ni ne la qualifient de religion terroriste. Comme on le sait, les Chrétiens ont exterminé les autochtones d’Amérique et les aborigènes d’Australie ; ils ont massacré des civils à tour de bras lors des Croisades à la demande du pape ; ils ont tyrannisé et chassé le peuple andalou de la péninsule ibérique ; ils ont capturé et asservi les habitants d’Afrique ; ils ont colonisé des pays entiers et ont pillé leurs ressources ; ils ont usé de moyens de guerre illégitimes comme les gaz chimiques ; ils ont largué deux bombes atomiques sur des populations civiles, etc. Pour autant, aucun Musulman ne s’est jamais permis de s’en prendre au christianisme – une religion mise à mal par ses adeptes qui ont semé le chaos en son nom.

A y regarder de près, l’écran du "terrorisme" est par-dessus tout au service du sionisme. Ce n’est qu’une façon de diaboliser et discréditer la résistance anticoloniale. Non seulement la lutte de libération nationale en Palestine est assimilée machinalement au "terrorisme" dans tous les discours, mais toute action de collaboration contre ce péril – créé de toutes pièces – répond directement et étroitement aux intérêts sécuritaires de l’entité sioniste. La supercherie est d’autant plus alarmante que l’occupation sioniste est censée assurer "la défense de l’Occident". Freysinger l’exprimait avec exaltation : « Notre parti a toujours défendu Israël parce que nous sommes bien conscients que, si Israël disparaissait, nous perdrions notre avant-garde. […] Aussi longtemps que les musulmans sont concentrés sur Israël, le combat n’est pas dur pour nous. Mais aussitôt qu’Israël aura disparu, ils viendront s’emparer de l’Occident ». (6)

On s’est ingénié à dissoudre le judaïsme et sa singularité dans le christianisme et l’Occident, dans le but inavoué d’imposer le mot d’ordre "défense de l’Occident". Ce concept est un tour idéologique providentiel. Comme le note A. Gresh, il « suppose d’abord d’identifier les juifs à l’Europe et de proclamer, comme une évidence, l’existence immémoriale d’une "civilisation judéo-chrétienne". L’entreprise ne manque pas de piquant si l’on se rappelle que cette expression est née dans les années 1930, précisément pour contrer le discours hitlérien de défense de l’Occident et de la civilisation chrétienne contre les juifs. Une posture a-historique d’identification du judaïsme à l’Europe »… (7) Comment croire à une telle manigance alors qu’à cette époque les juifs faisaient l’objet de mesures de restrictions à l’immigration aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis ?

A cet égard, les média-mensonges fanatiquement pro-sionistes sont aux premières loges. Depuis 2001, la Palestine est présentée comme l’un des champs de bataille du "choc des civilisations", lequel est censé opposer le monde occidental à l’islamisme, au "terrorisme islamique", voire à l’islam. Dans ce scénario frelaté, l’Etat juif s’attribue la mission dont rêvait le fondateur du sionisme T. Herzl, celle de "poste avancé de l’Occident contre les barbares". Les consignes sont alors bien observées : le plumitif se doit d’expliquer que c'est toujours "en état de légitime défense" que l'armée sioniste tue des civils palestiniens, que les détenus palestiniens ne sont rien d’autre que des terroristes, que le mouvement de résistance Hamas est un groupe islamiste qui "ne veut pas la Paix", que le mur de séparation, établi sur les terres annexées, a été érigé pour arrêter "les attentats terroristes"... (8)

Par une conséquence obligée, tous les militants antisionistes sont qualifiés de "terroristes". Le cas du dessinateur français Joe le Corbeau est encore dans les mémoires. En raison de son engagement en faveur de la justice, il avait perdu son travail, était poursuivi par la LICRA et menacé par la pègre appelée LDJ. En 2012, il avait dit ceci : « Le monde occidental est infiltré par le sionisme. Les médias de masse sont aujourd’hui tous aux ordres d’Israël et valident l’existence d’un régime qui ruine les nations, pille et tue en toute impunité. Les guerres et embargos contre le monde musulman sont justifiés par la diabolisation, notamment par des caricatures représentant l’Islam comme une religion approuvant le terrorisme. Le monde chrétien, quand à lui, est perverti par l'idéologie marchande des ces usuriers sans scrupules ». (9) Dans cette perspective, S. Halimi a écrit : « Depuis des années, avec une régularité lancinante, les mêmes travers scandent la relation des événements en Palestine. D’abord, celui qui consiste à rabâcher une histoire borgne dans laquelle le "terrorisme" des assiégés justifie forcément la "riposte" des assiégeants. Ensuite, celui qui accorde l’impunité à un belligérant doté d’une supériorité militaire écrasante se grimant en victime juste avant d’enclencher une nouvelle escalade armée ». (10)

Contrairement aux militants antisionistes, les groupies et adeptes du sionisme ne peuvent être bien entendu qualifiés de terroristes. Nul n’a oublié la déclaration ronflante du militant sioniste Strauss Kahn : « Je considère que tout Juif de la diaspora doit partout où il le peut apporter son aide à Israël. C’est pour ça d’ailleurs qu’il est important que les Juifs prennent des responsabilités politiques… En somme, dans mes fonctions et dans ma vie de tous les jours, au travers de l’ensemble de mes actions, j’essaie de faire en sorte que ma modeste pierre soit apportée à la construction de la terre d’Israël »… (11) Si un Musulman (ou autre) tenait un discours similaire mais diamétralement opposé, on l’arrêterait illico pour "soutien au terrorisme" ! Ce sont les Français "issus de l’immigration" (selon la désignation qui leur est spécifiquement consacrée) qui sont accusés de communautarisme et de vouloir importer en France le conflit du Proche-Orient. Ils sont régulièrement soupçonnés de faire allégeance à des puissances occultes ou à des États étrangers en vue "d’infiltrer la République".

Par ailleurs, la "menace terroriste" en Occident se révèle aujourd’hui le meilleur moyen de faire peur, de façonner l’inconscient des masses, de les conforter dans l’obéissance au pouvoir en place. Elle est devenue une arme psychologique visant à légitimer des politiques hyper-sécuritaires, à faire accepter aisément des mesures impopulaires. C’est en effet toujours pour le bien du peuple que l’Etat supprime les libertés. Ce serait un désagrément nécessaire face au péril omniprésent – islamiste ou autre, peu importe… La menace est visiblement brandie à point nommé lorsqu’il est question de subjuguer une population rétive aux politiques d’austérité, à des directives liberticides insoutenables.

Les moyens pour surveiller/contrôler les citoyens sont plus subtils et moins visibles que dans les régimes totalitaires mais tout aussi déloyaux. G. Debord se range à cet avis : « Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État ; elle est donc éducative. Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et plus démocratique ». (12) 

Thami BOUHMOUCH

Janvier 2021

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(1) Cité par Bianca Zanardi, Terrorisme et antiterrorisme : comprendre les changements  http://www.irenees.net/bdf_fiche-analyse-875_en.html

(2) Edward S. Herman, Produire des Etats ratés. http://anti-fr2-cdsl-air-etc.over-blog.com/article-comment-washington-developpe-le-terrorisme-interieur-pour-justifier-la-guerre-110989794.html

(3) Zhor Firar, Fouad Imarraine et Omar Mahassine. Les révolutions arabes, où est l'islamisme ?  http://www.legrandsoir.info/Les-revolutions-arabes-ou-est-l-islamisme.html 

(4) Pascal Sacre, De 1933 à 2010, toujours la peur et le prétexte de la menace terroriste. http://www.legrandsoir.info/De-1933-a-2010-toujours-la-peur-et-le-pretexte-de-la-menace-terroriste.html

(5) Cité in : Un vétéran de l’armée américaine à l’agonie dénonce la guerre illégale en Irak. http://www.mondialisation.ca/un-veteran-de-larmee-americaine-a-lagonie-denonce-la-guerre-illegale-en-irak/5329509 

(6) Cité par Olivier Moss, Les Minarets de la discorde, Edit. Infolio 2009.

(7) Alain Gresh, De l’antisémitisme au "péril musulman". https://blog.mondediplo.net/2010-10-20-De-l-antisemitisme-au-peril-musulman

(8) Cf. Rudi Barnet, Comment écrire un article sur la « réalité » israélo-palestinienne  http://www.palestine-solidarite.org/Journal_de_Palestine.583.pdf  

(9) Joe Le Corbeau, Sens critique https://www.senscritique.com/livre/Shoah_Hebdo/8277489

(10) Serge Halimi, Tout est simple à Gaza... http://canempechepasnicolas.over-blog.com/article-gaza-ce-29-septembre-2012-112991825.html

(11) Cité in : https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/130614/monsieur-dsk-je-vous-declare-persona-non-grata-dans-mon-pays-en-tant-qu-homme-politique

(12) Guy Debord, Le jeu de massacre contre les institutions. https://www.lemonde.fr/livres/article/2018/04/12/jeu-de-massacre-contre-les-institutions_5284259_3260.html


8 décembre 2020

LE TEMPS DE L’EURO-ATLANTISME

 

Série : Politique internationale

 


Au Moyen-Orient, comme en Afrique et en Amérique latine, les dirigeants occidentaux va-t-en-guerre s’autorisent à faire et défaire les gouvernements au gré de leurs intérêts. Considérons le cas d’un pays qui s’avise de faire obstacle – de n’importe quelle manière – à cette arrogance hégémonique. D’emblée et avant de le soumettre par le fer et le feu, il est affublé de l’étiquette "supporter du terrorisme". Ensuite, on lui applique une recette qui a fait ses preuves : financer tout mouvement local hostile au pouvoir et le magnifier grâce aux médias aux ordres ; recruter, armer et entrainer des mercenaires extrémistes exogènes, les étiqueter "rebelles" ou "combattants de la liberté" ; lors d’une manifestation, faire tirer par des snipers payés à la fois sur la foule et sur les forces de l’ordre (en espérant que celles-ci ouvriront le feu sur les manifestants) ; condamner solennellement le recours à la répression et livrer l’instance dirigeante à la vindicte populaire ; bombarder les villes sans retenue en affirmant qu’il s’agit de protéger la population. Déjà le pays victime est quasiment sans défense contre les bombardements aériens… « Logiquement, le pouvoir en place tombe à plus ou moins court terme, le chaos s’installe pour de longues années, vous avez atteint votre objectif : vous n’avez plus de pouvoir fort face à vous, vous pouvez piller sans vergogne les richesses du pays, il vous suffira d’entretenir les conflits internes (ethniques, religieux…) en organisant un attentat suicide de temps en temps ». (1)

Des concepts et un discours ont été échafaudés pour instaurer une cécité mentale à une grande échelle. Les Etats-Unis et leurs vassaux européens seraient ainsi "l’Axe du Bien" et tout ce qui est dirigé contre eux est désigné par le vocable "terrorisme". Nul besoin d’être grand clerc pour comprendre que tout est mis sciemment à l’envers. Les terroristes véritables ne sont nullement ceux qui sont montrés du doigt par les média-mensonges et auxquels les masses recourent spontanément. La France n’a-t-elle pas commis des actes terroristes au Rwanda ? Les Etasuniens ne financent-ils pas directement des groupes de mercenaires semant la terreur en Colombie, au Nicaragua et au Salvador depuis près de 30 ans ? Comment qualifier les attaques à l’uranium appauvri perpétrées à Gaza par l’armée sioniste et applaudies par l’Occident ? Que dire de la guerre au Kosovo menée en 1999 de façon infondée par l’OTAN ? Que dire de la dévastation insoutenable en Irak et en Libye, des crimes effroyables commis en Afghanistan, en Syrie et au Yémen ? Combien de destructions et de victimes sans défense sont imputables aux bombardiers partis de Londres, de Paris, d’Allemagne ou des porte-avions américains ?


On ne fait pas la guerre à une nation pour des prunes. Michel Collon disait à juste titre : "Si vous voulez savoir où se dérouleront les prochains épisodes de la fameuse guerre contre le terrorisme, cherchez sur la carte le pétrole, l’uranium et le coltan, et vous aurez trouvé". (2) A cela il faut ajouter les opportunités lucratives engendrées par les destructions. Seules les puissances assaillantes qui ont pris part à l’agression sont fondées à partager le butin. Rien n’est plus logique. Par exemple, la France qui n’avait pas participé à l’invasion de l’Irak (2003) a été privée de contrats pour la reconstruction. En revanche, les bombardements effectués en Côte d’Ivoire (2011), qui ont causé beaucoup de destructions, ont offert opportunément de nouveaux marchés à son industrie. Il s’agit d’une sorte de commerce par le terrorisme.

Ce qu'on appelle la "communauté internationale" n’a en Afrique que des intérêts, pour lesquels elle ne recule devant aucun crime. On sait que l’organisation militaire Africom a été mise en place par les Etats-Unis et ses vassaux européens afin de contrôler les richesses du continent. Son but est d’empêcher que l’Afrique s’oriente vers l’indépendance et n’ait des partenaires comme la Chine, le Brésil et la Russie. Au Mali et au Niger, les forces françaises sont en guerre, non pas pour les raisons grotesques avancées, mais bien pour sauvegarder les intérêts de la France dans la région du Sahel, en particulier les sources d’uranium. C’est une guerre contre les patriotes maliens et nigériens qui ont essayé de mettre fin à la corruption et considèrent que les richesses naturelles doivent profiter aux populations locales et permettre de faire reculer la pauvreté. En Côte d’Ivoire, la France est intervenue militairement au mépris des droits humains et de la légalité internationale. Un déluge de feu s'est abattu sur les masses civiles. Des vies innocentes brisées, anéanties afin d’assurer le pouvoir de l’agent-collabo parachuté, pour l'argent et les honneurs destinés à une poignée de marionnettes, pour les intérêts bien compris des nouveaux colons.

Comme la France, depuis sarkozy notamment, est devenue le sous-fifre de l’entité sioniste, son armée a commis un peu partout des crimes de guerre et des actes de terrorisme international, tuant des civils, hommes, femmes et enfants par dizaines de milliers. En Syrie, les bandes terroristes venues de l’étranger, appelées ironiquement "rebelles" ou "révolutionnaires", sont composées de tueurs expérimentés et de prisonniers de droit commun libérés à dessein. C’est ainsi que la brigade terroriste d'Abou-bakr Saddiq a eu pour consigne de kidnapper et d’égorger des gens contre une somme d'argent. La plupart des membres de la pseudo "Armée Syrienne Libre", de l’aveu même de l’un d’eux, "ne sont que des bandits et des pilleurs. Ils ne [se privent] pas de dérober tout ce qu’ils veulent, des appartements, des voitures, en taxant leurs possesseurs d’être des chabbihas du régime". (3) Ils sont regardés comme une force d’appoint dont le rôle est de faire illusion, de donner une "couleur locale", de servir d’alibi à une intervention extérieure réitérée.


La manœuvre cynique des Etasuniens et de l'OTAN en Libye, qui consistait à "ne pas dire ce que l'on fait et ne pas faire ce que l'on dit", est manifestement celle qui a été choisie pour la Syrie. Les groupes terroristes sont armés et entrainés par l’Empire et ses acolytes européens, payés par les princes dociles du Golfe. Du côté français, la DGSE leur a assuré la formation et le soutien au plan des transmissions et de l’artillerie (mortiers, missiles antichars et canons de 105 mm). La CIA a opéré pendant longtemps dans le sud de la Turquie où elle était activement impliquée dans l’acheminement d’armes aux terroristes opérant en Syrie. Les impérialistes américains agissent en fonction de leurs intérêts 
et font payer les autres pour leurs agressions criminelles.

En matière de terrorisme et d’hostilité meurtrière, la Belgique n’est pas en reste. Rappelons-nous l’aveu stupéfiant fait en 2002 par G. Soete, le belge qui a coupé en petits morceaux le corps de Patrice Lumumba, leader martyr congolais assassiné en 1961 : "J’ai découpé et dissous dans l’acide le corps de Lumumba. En pleine nuit africaine, nous, avons commencé par nous saouler pour avoir du courage. On a écarté les corps. Le plus dur fut de les découper en morceaux, à la tronçonneuse, avant d’y verser de l’acide. Il n’en restait presque plus rien, seules quelques dents. Et l’odeur ! Je me suis lavé trois fois et je me sentais toujours sale comme un barbare". (4) Ce psychopathe sanguinaire, dit-on, conserve toujours un doigt, une dent (empaillés) et l’Alliance de la victime.

 

Thami BOUHMOUCH

Décembre 2020

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(1) Rebellium.info, Petit manuel de déstabilisation d’un pays en état de résistance http://www.rebellium.info/2013/02/ 

(2) Michel Collon, Comprendre la guerre en Libye https://blogs.mediapart.fr/danyves/blog/220515/comprendre-la-guerre-en-libye-23-michel-collon

(3) Cité in : l’ASL grouille de bandits http://archive.almanar.com.lb/french/article.php?id=10488

(4) Cité in : J’ai découpé Lumumba  https://lesoldatdupeuple.over-blog.com/tag/temoignages%20historiques/24